Une de mes élèves est venue récemment me questionner sur l’existence des fantômes. Parler de bon ou de mauvais esprit leur semble naturel comme à bon nombre de chrétiens qui avancent avec des « paroles dans le cœur » et des signes à interpréter. Comment trouver son chemin dans tout ça ? Comment laisser sa juste place à l’Esprit de Dieu ?

La différence entre foi et magie

Je ne vais pas faire ici un traité sur l’ésotérisme, car ce n’est clairement pas ma spécialité. Je ne vais pas non plus être exhaustive sur ces sujets car mon propos est d’introduire la série « Esprit es-tu là ? » à l’occasion de la fête de Pentecôte. Je laisse ça à des personnes bien informées, vous trouverez ici de très bon dossiers.

A première vue, foi et pratiques ésotériques sont très similaires. Dans les deux cas, la parole, la pratique par les actes et le lien avec le monde spirituel sont essentiels. Il y a aussi, dans la pratique religieuse comme dans la magie, une supériorité et un pouvoir du monde spirituel, dont sont attendus des bienfaits, voire un secours.

Quelle est donc la différence ? Peut-être que cela tient dans la distance entre communiquer et communier. Je m’explique.

La vie de foi, un appel à la communion

Dans la vie de foi, nous cherchons à vivre en communion avec Dieu. Cela va se manifester de son côté par la grâce qu’il déverse à chaque instant et qui vient nous transformer véritablement, pour que nous lui soyons de plus en plus semblables (1 Jn 3,2). A la grâce, nous ne pouvons que répondre, littéralement faire de notre vie une action de grâce. La transformation proposée par l’Esprit Saint ne peut se faire sans notre consentement et nous le manifestons par notre prière (communion avec Dieu par la foi) et par nos actes (communion avec Dieu par la charité). En disant cela, nous voyons tout de suite combien les deux sont liés (Ga 5,6) puisque foi et charité vont toujours de paire.

En bref : au centre de la démarche de foi, il y a deux libertés qui se donnent mutuellement, celle de Dieu et la mienne. Nous sommes ici dans le registre de la relation, de la liberté : raison pour laquelle la parole a une si grande importance dans la vie des chrétiens.

La pratique ésotérique ou magique : garder le contrôle

Dans la pratique ésotérique ou magique, c’est un peu différent. Lorsqu’on évoque ces pratiques, on pense immédiatement aux tables qui tournent, aux pratiques de médecines plus ou moins parallèles, à quelque chose qui nous fait osciller entre amusement, fascination et peur. Une série de grand public sur TF1 n’y a pas échappé en le mettant clairement en scène1. Tout l’apprentissage va consister à se soumettre à des gestes ou des paroles codifiés pour obtenir une efficacité et recevoir ce que nous souhaitons. Il y a donc dans ces pratiques quelque chose que nous ne contrôlons pas, mais qui peut offrir un sentiment de contrôle sur les événements, le monde matériel, mon deuil parfois.

Contrôle, efficacité, obtenir : on voit tout de suite que le registre n’est pas celui de la communion. J’ajoute juste un point. dans le monde spirituel, par définition les personnes (personnes divines, anges ou personnes humaines décédées) n’ont pas de voix, puisqu’elles sont dénuées de cordes vocales. Dans notre mort, il y a une séparation irréductible entre ce qui ne peut que mourir (notre vie physiologique et sensible) et notre esprit, lieu de ce que l’on appelle à juste titre « vie spirituelle ». Parler avec les morts n’est donc pas possible, de mon point de vue2.

Vous me direz : Ste Bernadette a bien parlé avec la Vierge Marie ! Je répondrai trois choses. En premier lieu, Marie est monté aux cieux avec son corps et son âme. Ensuite, aucun participant n’a entendu avec son ouïe ce que disait Marie. Enfin, nous ne sommes pas dans le registre de l’automatisme ou de l’efficacité. Le curé Peyramale n’a pas eu d’apparition, ni de signe évident. Sa foi et sa raison ont été sollicitées, sa liberté a été suscitée. (Lourdes est d’ailleurs un modèle d’équilibre de ce point de vue entre charisme et institution).

De fait, si un accompagnateur spirituel entend de la part d’un chrétien le récit d’une communication ou d’une apparition, son premier réflexe est la défiance de lui-même et la recherche de la vérité dans un processus de discernement. Thérèse d’Avila demandait deux qualités aux accompagnateurs spirituels : l’expérience et la compétence. S’improviser guide d’autrui n’a jamais mené que dans des trous (Mt 15,14). Prions et agissons pour la formation des chrétiens et de ceux qui accompagnent leurs frères !

De notre côté, acceptons l’altérité, en nous mettant sous le patronage de Bernadette. Elle a accepté de se soumettre au jugement de l’Église, ne décidant pas par elle-même d’identifier Marie, mais attendant qu’elle dise elle-même son nom, et elle est allée trouver l’abbé Peyramale.

Faut-il ou non écrire une lettre à St Joseph ?

C’est une des pratiques très répandues. Choix d’un logement, recherche d’un travail… St Joseph ‘prend sous sa conduite toutes les affaires spirituelles et temporelles qui nous concernent’. Pour autant, faut-il le faire, comment on doit aller à la messe ou pratiquer la charité ?

Eh bien, je crois que la question est mal posée. S’il le fallait, nous serions dans une pratique de type magique, où l’action humaine entraîne automatiquement une réaction, un effet. Dieu n’est pas une machine et la manière dont nous agissons en dit souvent long sur ce que nous pensons de lui3.

Il n’est évidemment pas interdit de demander un service à Joseph, comme on le ferait à un ami. Le premier petit critère est donc notre intention. Si j’espère faire plier Joseph à coup de neuvaines, il y a de fortes chances que je m’éloigne d’une démarche de communion. Si au contraire je lui demande un logement ou un travail comme moyens pour faire le bien et aller vers Dieu, rien n’empêche d’être précis dans les souhaits. Mais il faut garder à l’esprit que lui sait mieux que nous ce qui fera notre bien. Autrement dit, en faisant une lettre demandant à Joseph tel appartement ou tel travail, je ne suis pas forcément superstitieux(se) mais je m’en approche. En décrivant à Joseph ce que je souhaite, je m’offre par la même occasion la possibilité de voir comment Dieu fait grandir ma foi (par l’exaucement) et mon espérance dans l’attente confiante de ce qui va arriver. Je suis alors dans la communion, je m’éloigne du contrôle, de l’efficacité, de la peur de manquer. Par ailleurs, cette lettre peut aussi aider à se poser pour effectuer un vrai discernement entre besoin, envie, nécessaire et superflu.

Conclusion

Pour conclure cette première partie, je remarque que dans les pratiques ésotériques ou la magie, l’objectif est de contrôler (la matière, les informations, les phénomènes) mais que ces pratiques contraignent à adopter des pratiques, voire des comportement. La question de la liberté est bien malmenée : St Thomas d’Aquin aurait du mal à qualifier cela d’acte humain et à y voir une action de la grâce.

A l’inverse, l’Esprit de Pentecôte nous rend libre parce qu’il est liberté, vérité et charité divine. Il nous rend à nous-même, pour que notre amour soit de plus en plus vrai, de plus en plus ressemblant à celui du Fils Unique. Vivons donc sous la conduite de l’Esprit !

Pour aller plus loin :

Esprit es-tu là ? 2/3 : interpréter n’est pas deviner.

Esprit es-tu là ? 3/3 : Vivons en enfants de lumière !

bonus : Esprit es-tu là ? 4/3 – pour aller plus loin, quelques liens.

Notes :

  1. HPI, S05 E03 ↩︎
  2. ce point ne prétend pas expliquer les apparitions ou les voix entendues (Jeanne d’Arc, Bernadette Soubirous…) mais apporter un 1er critère, celui de la prudence et du bon sens. ↩︎
  3. Je renvoie pour cette question à l’excellent opuscule d’Adrien Candiard, Du fanatisme, Paris, le Cerf, 2020. ↩︎

Une réponse à « Esprit es-tu là ? 1/3 la vie spirituelle : foi ou magie ? »

  1. Avatar de Esprit es-tu là ? 2/3 Interpréter n’est pas deviner. – Do u wonder ?

    […] Là encore, la question de la vérification et du discernement sont essentiels – autrement dit : la question de l’altérité. Suis-je prêt(e) à abandonner cette certitude intérieure ? Suis-je prêt(e) à la confronter à l’Écriture et à la Tradition de l’Église ? Cela vaut bien sûr pour les charismes personnels mais aussi pour ceux des communautés. Quel mal n’a pas été fait au non des charismes sois-disant incompris ou des prétendues « nouveautés » reléguant tout contradicteur dans la culpabilisation de son manque d’écoute de l’Esprit Saint ? […]

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