Lâcher prise ?
Toutes les homélies entendues cette semaine commençaient de la même manière « voici 2, 3, 4 jours que nous avons commencé le combat du Carême ». Sur les réseaux ou dans la cour de récréation de mon collège, la même thématique revenait sans cesse à ce propos. Le carême est un moment d’effort, de renoncement, de combat pour renoncer au mal : toutes les conversations concernaient les prescriptions de jeûne.
En s’approchant du texte, vous pourrez constater au moins deux choses. En premier lieu, l’évangile ne fait pas l’impasse sur l’idée de renoncement, mais il la replace dans une dynamique de relation avec Dieu. Ainsi, les 3 tentations présentées par Luc en ce dimanche sont construites sur le même modèle : je te propose un truc apparemment très chouette. Tu prends ou tu renonces ? C’est la première tactique visible aujourd’hui : devant la tentation, nous devons choisir de renoncer à des biens apparents, qui nous font oublier l’essentiel. Et puis une deuxième chose apparaît dans les petites répétitions « si tu es le Fils de Dieu ». La grande tentation est celle-ci : utiliser le don de Dieu à notre profit et devenir ainsi notre propre source. C’est le péché originel renouvelé : le péché capital par excellence.
Confrontés aux mêmes tentations que Jésus, nous avons tendance, comme l’homme riche de l’évangile (Mc 10) à demander « que dois-je faire? » C’est la question la plus naturelle, car notre expression naturelle de l’amour et de l’adoration passe par le service, la générosité ou le temps donné. Nous sommes des êtres capables d’agir. Mais lorsque Jésus dit à l’homme riche qu’il doit vendre, donner – bref : renoncer, alors la vie chrétienne lui apparaît insurmontable.

Un peu de la même manière, des articles de presse ou des influenceurs bien intentionnés nous invitent à « lâcher prise ». Pour ma part, je ne connais personne ayant lâché prise sans avoir auparavant considéré une autre manière de vivre.
Dans l’Écriture, nous chercherons en vain ce lâcher prise. Il est bien question d’abandon mais pas dans le vide. Au contraire, la lettre aux Hébreux nous invite à tenir ferme (He 4,14).
Heureusement pour nous, Jésus n’est pas seulement dans le renoncement. Le mensonge du diable est de nous présenter le renoncement une perte. Évidemment, comment pourrait-il seulement nous présenter la vie en Dieu sans que nous nous jetions immédiatement dans la miséricorde ? Si donc il y a renoncement, c’est pour un choix plus libre, plus vrai, plus vivifiant.
De l’opaque boule à facette à la transparence du diamant
Regardons maintenant les réponses de Jésus. Elles sont toutes théo-centrées : fondées en Dieu. Jésus ne renonce pas à sa dignité de Fils de Dieu, au contraire il y reste d’autant plus fidèle qu’il continue de garder les yeux tournés vers son Père. Il nous montre ainsi le chemin du carême qui n’est pas d’abord une période de renoncement, mais une période pour renouveler notre choix de le suivre.

Dans la liturgie des cendres, j’aime beaucoup ce geste de l’imposition. Ce n’est pas nous qui nous traçons une croix de cendres sur le front. Nous la recevons. Ainsi la question n’est plus de savoir si nous devons jeûner de crevettes ou de bavette, mais de nous tourner humblement vers le Christ pour implorer son aide et accueillir son Salut.
Chaque jour de ce long mois qui précède Pâques, je suis confrontée à mes limites car je n’y arrive pas. Je n’arrive pas à jeûner aussi complètement que je le voudrais ou quand je le fais, je n’arrive pas à me détacher complètement de cette petite fierté d’avoir réussi. Je n’arrive pas à considérer mon prochain avec délicatesse et miséricorde, ou quand je le fais…
Bref, je suis humaine.
Cette semaine j’ai finalement rendu grâce d’être aussi empâtée dans ma médiocrité, car cela m’a permis de me tourner vers Lui. Petit moment d’humilité sincère où je me décentre pour me théo-centrer, instant passager mais lumineux où le simple fait de crier vers le Père me fait prendre conscience d’une manière nouvelle de ma dignité de fille de Dieu.
Pour le dire autrement, le carême n’est pas l’occasion de faire la boule à facette en illuminant notre entourage de nos mérites. D’ailleurs, Dieu connaît notre cœur, n’oublions pas que nous n’avons rien à lui prouver. En revanche, il attend de nous que Sa lumière se diffuse dans le monde (Mt 5,14). Alors pour passer de la boule à facette au diamant, 40 jours suffisent à peine !

En conclusion, je vous propose un petit exercice : retrouver les antidotes aux 3 tentations de l’évangile dans la prière de Jésus :







Une réponse à « Burn to be alive ! »
Quand on effeuillait une marguerite, on chantonnait : « je t’aime….un peu….beaucoup….passionnément….à la folie….pas du tout… »
Je renonce (fort à propos, vous le remarquerez, par ce temps de carême) je renonce donc à qualifier mon « j’aime » puisque je n’ai pas trouvé la manip pour ce faire, mais, que diable ! …..J’AIME
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