Ce post existe en version audio, mais vous retrouverez toutes les références sur la version écrite, avec des bonus comme un paragraphe sur le sens du vêtement dans la Bible ou des liens vers des articles et des vidéos pour approfondir.

Lorsque nous allons à une fête ou à un rendez-vous important, nous préparons soigneusement notre tenue, nous anticipons et pensons peut-être déjà à ceux que nous allons retrouver.
Lorsque nous décidons d’aller à la messe, il s’agit d’une démarche de foi. Pourtant, comme dans les autres circonstances de la vie quotidienne, nous nous préparons plus ou moins soigneusement. Et lorsque nous arrivons à l’église, nous voyons les prêtres et les servants déjà habillés de blanc. Ils se sont vêtus, aussi, pour cette circonstance.
Apparence ou préparation intérieure : voici quelques notes sur ce qui est – déjà – une partie de la messe.
Le(s) prêtre(s) et servants portent des vêtements particuliers
Dans les célébrations chrétiennes, de nombreux symboles sont présents. La présentation générale du missel romain1 indique que les vêtements des prêtres, des diacres et des servants signifient leur fonction particulière.
Avant la messe, ils enfilent donc plusieurs types de vêtements, et se préparent aussi spirituellement selon les différentes symboliques de ces ornements.

- l’aube est le nom du vêtement blanc revêtu par les prêtres et ceux qui les assistent dans la liturgie.
- l’étole est un signe d’autorité reçue par les prêtres ou les diacres. Il s’agit d’une bande de tissus ou de laine. Ils la portent donc pour signifier leur fonction dans la communauté chrétienne et dans la liturgie. (voir aussi S01E02) La couleur de l’étole varie selon les temps liturgiques dans l’année (voir ci-dessous).
- la chasuble est un manteau de même couleur que l’étole, revêtu par le célébrant et signifiant son rôle particulier. Il agit désormais « in personna christi capitis », c’est-à-dire au nom du Christ, tête de l’Eglise (Col 1,18) et les paroles du rituel qu’il prononce ont une valeur performative2
- La couleur des étoles et de la chasuble varient dans l’année, en fonction de ce qui est célébré. (PGMR n°345 – 346) C’est donc une manière de marquer symboliquement ce qui est fêté ou médité. Le blanc est la couleur des fêtes, le vert est celle du « temps ordinaire ». Le rouge est porté dans les fêtes de la Pentecôte ou celles des martyrs. Le violet est la couleur des temps de préparation aux grandes fêtes (Avent et Carême). C’est une invitation à l’intériorité et à la conversion.
D’où vient l’aube ?
Dans l’Ecriture :
Après cela, j’ai vu : et voici une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, tribus, peuples et langues.
Ils se tenaient debout devant le Trône et devant l’Agneau, vêtus de robes blanches, avec des palmes à la main. Et ils s’écriaient d’une voix forte :
« Le salut appartient à notre Dieu qui siège sur le Trône et à l’Agneau ! »
Tous les anges se tenaient debout autour du Trône, autour des Anciens et des quatre Vivants ; se jetant devant le Trône, face contre terre, ils se prosternèrent devant Dieu.
Et ils disaient : « Amen ! Louange, gloire, sagesse et action de grâce, honneur, puissance et force à notre Dieu, pour les siècles des siècles ! Amen ! »
L’un des Anciens prit alors la parole et me dit : « Ces gens vêtus de robes blanches,
qui sont-ils, et d’où viennent-ils ? »
Je lui répondis : « Mon seigneur, toi, tu le sais. »
Il me dit : « Ceux-là viennent de la grande épreuve ; ils ont lavé leurs robes, ils les ont blanchies par le sang de l’Agneau. » (Ap 7)
Pour en savoir plus sur les vêtements liturgiques : lien.
Et l’assemblée ?
Il y a quelques semaines, pendant toute la messe dominicale, ma voisine fit ses commentaires en parlant à son mari, comme le font les personnes âgées qui ne s’entendent plus et croient chuchoter. J’en étais venue au point de me demander si elle comprenait vraiment où elle était. Et puis je les ai regardés un peu plus attentivement : lui avait mis un costume et une cravate, elle s’était maquillée, soigneusement vêtue aussi d’un tailleur.

Cela m’a beaucoup touchée et remise à ma place. Ce vieux couple n’était peut-être pas confis en dévotions, mais ils avaient mis en oeuvre de nombreuses petites actions qui montraient leur respect pour « le jour du Seigneur ».
Bien se laver les dents
Chaque dimanche de mon enfance, j’entendais ma mère demander « avez-vous lavé vos dents ? Il ne faudrait pas que Jésus arrive dans une bouche sale3 ! ». J’y pense encore aujourd’hui, car il y a quelque chose de très juste dans cette considération prosaïque. Dimanche après dimanche, cette répétition m’a rendue attentive à la réalité de la Présence du Christ dans l’hostie consacrée. Cela m’a aussi permis de comprendre que la messe commence quand je décide d’y aller, et que toutes les petites actions du dimanche matin préparent mon esprit, mon cœur et mon corps.
Disposer son cœur
Car il ne s’agit bien sûr pas de caries ou d’haleine fraîche, mais de disposition du cœur. Nous reviendrons sur ce point dans un épisode ultérieur mais déjà, nous entendons le message du Concile Vatican II (SC 11 reprenant 2 Co 6,1):
Mais, pour obtenir cette pleine efficacité, il est nécessaire que les fidèles accèdent à la liturgie avec les dispositions d’une âme droite, qu’ils harmonisent leur âme avec leur voix, et qu’ils coopèrent à la grâce d’en haut pour ne pas recevoir celle-ci en vain.
Dans l’évangile, Jésus lui-même nous indique dans quelles dispositions nous devons venir à la messe (Mt 5, 23-24) :
Donc, lorsque tu vas présenter ton offrande à l’autel, si, là, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse ton offrande, là, devant l’autel, va d’abord te réconcilier avec ton frère, et ensuite viens présenter ton offrande.
Se vêtir intérieurement…
A leur tour, les Apôtres font le lien entre préparation du coeur et apparence. Pierre invite les croyants « Et tous, dans vos rapports mutuels, revêtez–vous d’humilité » (1 P 5,5) et Paul prend les mêmes termes : « Puisque vous avez été choisis par Dieu, que vous êtes sanctifiés, aimés par lui, revêtez-vous de tendresse et de compassion, de bonté, d’humilité, de douceur et de patience. » (Col 3,12)

Douceur, paix patience, humilité : la liturgie nous invite même à revêtir quelqu’un, et c’est le Christ lui-même.
Vous tous, qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu le Christ, Alléluia !
Cette antienne est proclamée dans le temps pascal et chantée lors des aspertions4. S’apprêter un peu pour la messe du dimanche est une manière de se rappeler non seulement la sainteté de ce que nous allons vivre, mais aussi que notre vie toute entière doit être revêtue, investie par l’Eucharistie. Enfin, les regards que nous nous lançons parfois (!) nous rappellent que la messe est essentiellement communautaire : nous sommes le Corps du Christ (Rm 12).
…oui, mais comment ?
Au début de la messe, le président et l’assemblée échangent une salutation :
Au nom du Père, et du Fils et du Saint Esprit – Amen !
Le Seigneur soit avec vous ! – Et avec votre esprit !
Ces mots font partie de ce que je disais au sujet des paroles performatives. Le Seigneur est vraiment avec nous, présent, dès le début de la messe. Le Concile nous le rappelle en listant les différents modes de présence du Christ dans la liturgie (SC n°7 et PGMR n°50).
Or, lorsque nous échangeons ces paroles avec le célébrant, nous faisons sur nous le signe de la Croix. Comme dans toute liturgie, le geste et la parole vécus expriment et réalisent ce qui se passe invisiblement. Ce geste large est englobant5, et il signifie que nous nous revêtons du Christ mort et ressuscité.
Dans la Bible, l’importance du vêtement
Le vocabulaire de théologie biblique nous dit que « le vêtement est aussi le signe de la condition spirituelle de l’homme. C’est ce qu’en raccourci montre le récit du paradis, et que raconte l’histoire sainte »6. Avant de pécher, Adam et Eve sont nus, puis c’est Dieu lui-même qui leur donne un vêtement. (Gn 3,21). « Cette vêture ne supprime pas le dénuement; elle est le signe qu’ils demeurent appelés à la même dignité qu’ils ont manquée. Le vêtement est désormais le signe d’une dualité : il affirme la dignité de l’homme et la possibilité de revêtir une gloire perdue ».
Le VTB poursuit sa lecture de la Bible « Désormais, l’humanité sort de sa nudité, elle acquiert libeté, filiation, droit à l’héritage divin par l’acte de « revêtir le Christ ». Avec ceux qui ont dépouillé le vieil homme et revêtu l’homme nouveau (Col 3,10; Eph 4, 24) par la foi et le baptême (Ga 3,25), Dieu constitue une communauté parfaite (…). »7
Conclusion
Déjà, la question du vêtement nous montre la profonde unité qu’il y a entre la liturgie de la messe et notre vie la plus quotidienne. Nous revêtir « pour le combat de la lumière » (Eph 6) est une manière imagée de décrire la détermination à suivre le Christ dans nos pensées et nos discernements du quotidien.
Finalement, se préparer pour la messe pourrait être vécu comme un exercice spirituel hebdomadaire !
Et vous ?

Comment vous préparez-vous à la messe ?
N’hésitez pas à témoigner en commentaire !
Notes :
- La PGMR est un texte rassemblant de nombreuses indications sur la manière de célébrer la messe. Elle donne à la fois le sens et les descriptions concrètes permettant aux chrétiens de toutes cultures de vivre l’Eucharistie dans l’Unité. ↩︎
- Une parole perfomative est une parole dont l’effet est immédiat, du fait même qu’elle ait été prononcée. Exemple en Gn 1 : Dieu dit « que la lumière soit » et la lumière fut. ↩︎
- Le terme utilisé étant un peu plus technique, nous avons préféré ici une traduction en langage courant :) ! NDA : au moment d’écrire ces lignes j’apprends que mon frère agit de même avec son fils qui a fait sa première communion l’an dernier. ↩︎
- L’aspersion. Source : Dom Robert Le Gall – Dictionnaire de Liturgie © Editions CLD, tous droits réservés
Le mot latin aspersio vient du verbe ad-spargere « répandre vers ou sur ». L’aspersion est donc l’action de répandre un liquide ou de la poussière sur quelque chose ou sur quelqu’un.Dans la liturgie, l’aspersion consiste habituellement à projeter de l’eau sur des personnes ou sur des objets, en signe de purification.
Pour en savoir plus : lien ↩︎ - Le geste courant du signe de croix est un rappel du baptême : il reprend dans une forme succinte le rituel de l’initiation chrétienne. Pour aller plus loin : lien ↩︎
- Léon-Dufour (dir), Vocabulaire de théologie biblique, Paris, Cerf, 2013, p. 1339 ↩︎
- On notera que le texte parle de « communauté parfaite » et non de « communauté de parfaits » ! ↩︎






Une réponse à « La messe S01E1 : Avez-vous lavé vos dents ? »
[…] que nous sommes encore dans les rites de l’ouverture de la célébration. Après nous être préparés avec soin, il nous reste encore à nous présenter devant Dieu en toute […]
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