La fête de l’Assomption approche et la liturgie nous propose de revenir au récit de la Visitation. Pour entrer dans la louange de Marie avec Elisabeth, voici quelques notes sur ce cantique repris chaque jour dans la prière des heures.

Je vous ai mis le texte un peu en forme, pour faire ressortir quelques points. J’en tire des interprétations, partagez-nous les vôtres !

En préambule : un texte structuré

En regardant cette mise en forme, on peut se poser quelques questions. Est-ce que Marie avait vraiment dit ces paroles, et dans cet ordre ? En effet le texte semble très structuré, construit littérairement. Et puis si elle a vraiment prononcé ces mots tels quels, avait-elle toute ces interprétations en tête ? Comme nous avons déjà abordé cette question ailleurs, je n’y reviens pas ici.

La question qui nous intéresse en lisant un texte de la Bible est celle-ci : comment Dieu se révèle-t-il à moi à travers ces paroles ? Pour apporter quelques éléments, j’aborderai le texte sous deux angles différents, ou plutôt avec un regard sur deux réalités : qui est Dieu, et qui est Marie ?

Comment Dieu se révèle-t-il à moi à travers ces paroles ?

La prière de Marie nous dit qui est Dieu

Le texte peut se diviser en trois parties. Dans la première, vous pouvez constater plusieurs mots en gras. Il s’agit de quatre manière qu’à Marie de nommer Dieu : Seigneur, sauveur, Puissant et Saint.

En effet la question du nom de Dieu court dans l’Écriture. Les termes employés par Marie reprennent les titres donnés par Dieu lui-même aux patriarches (Ex 6,3). Moïse (Ex 3 ou Ex 33) en a été témoin, mais personne ne peut le prononcer.

En priant avec ces mots, nous avons comme une litanie des noms de Dieu et le dernier est particulièrement fort. Marie nous dit que l’être de Dieu est la sainteté. Ce mot nous dit non seulement une qualité de Dieu, mais qu’il est, en lui-même, cette qualité, pour ainsi dire. Ce n’est pas seulement que Dieu est saint, comme on dit d’une personne qu’elle est généreuse ou lumineuse. Dieu est en lui-même la générosité, c’est son essence. Il est la lumière, il est la sainteté ou mieux, sa substance est la sainteté.

Et puis, dans ma mise en forme j’ai mis une accolade. Nous avons là trois versets construits de la même façon et qui semblent se répéter. Dans les trois cas, 1) Dieu agit, 2) au détriment de personnes auto-suffisantes 3) au profit de pauvres. Encadrés par les versets d’action de grâce de Marie (48-49) et de louange pour la fidélité du Seigneur à l’égard de son peuple (54-55), ces versets nous disent qui est Dieu dans son agir : il est miséricorde. Le mot est d’ailleurs répété deux fois et encadre toute la séquence.1

Ainsi nous pouvons prier ce texte non seulement comme un texte à réciter, non seulement comme la prière d’une autre que nous recevons avec déférence, mais véritablement comme une porte d’entrée pour contempler notre Dieu. Il est le Très-Haut, inaccessible et pourtant il se penche, par amour pour nous. Tout-puissant, il aime la petitesse et favorise ceux qui l’adorent.

Marie, modèle d’humilité

A travers ces mots, nous pouvons aussi regarder Marie. Elle se qualifie elle-même d’humble servante, ce qui, dans la bouche de l’un de nous, manifesterait un orgueil certain ! Alors si l’Église nous la donne en modèle, regardons avec elle ce chemin de l’humilité que nous sommes invités à emprunter.

L’humilité commence par l’adoration

Ce cantique commence par un cri de louange et d’action de grâce. Pour nous aussi, l’humilité prend racine dans l’adoration. Détournons un instant notre regard de Dieu et nous nous comparons, jugeons, devenons auto-suffisants. Pour Marie rien de tel, car elle garde tous ces événements en son cœur, cherche sans cesse dans la méditation et la prière à discerner la présence et l’action de Dieu.

Recevoir et non prendre !

L’humilité est donc décentrement de soi et consentement à recevoir. Dans le péché originel, Adam et Eve ont pris ce que Dieu voulait leur donner. Marie, « nouvelle Eve », consent à dépendre totalement de Dieu, jusque dans son être. Elle connait ainsi de l’intérieur l’expérience des « affamés » et des pauvres qui savent que Dieu les comble, et cette joie est à la source même de sa louange.

L’humilité clarifie le regard

La connaissance qu’à Marie de sa pauvreté et de la grandeur de Dieu n’est pas de l’ordre d’un savoir extérieur. Combien avons-nous encore à expérimenter la miséricorde pour en arriver là !

Notre regard est comme flouté par le péché, comme des lunettes sales ou même une vitre obscurcie. Cela nous empêche de considérer de manière juste les personnes, les événements… et nous-même. Pour l’Immaculée, rien de tel. Son regard est purifié par l’humilité. Elle distingue clairement ce qui est de Dieu et ce qui ne l’est pas.

Dans ce texte tissé de références à l’Ancien Testament, Marie voit et comprend sa mission. A travers la confirmation extérieure et fraternelle d’Elisabeth, elle laisse résonner toutes les promesses de Dieu qui trouvent en elle leurs accomplissement. Portant le Fils de Dieu, elle est l’Arche d’Alliance (2 Sa 6) et le nouveau Temple. Par elle et en elle, Dieu habite au milieu de son peuple. Contemplons avec elle, laissons-nous enseigner par son regard humble sur sa propre grâce !

La Joie de Marie

Pour conclure, je nous invite à entrer dans la joie de Marie. Elle est la première exaltée par le trône de son Fils, la première « relevée » (v. 54). Ce terme nous tourne vers la Résurrection et nous dit toute sa joie de voir le Salut advenir en Jésus. C’est sans doute pour cela que la fin du texte ramène l’histoire du peuple de Dieu en quelques mots à travers Abraham, Israël et « nos pères ». Le Salut est pour nous, personne n’en est exclu, accueillons-le et laissons-nous attirer par la lumière de l’Assomption !

Pour aller plus loin : L’Assomption : une invention de l’Eglise ? (15 août 2024)

Notes :

  1. En tout état de cause, mon accolade est mal posée. Elle devrait englober les deux derniers versets, car la liste des verbes d’actions ne s’arrête pas à ces trois versets. Cela ne contredisant pas mon interprétation, je le laisse tel quel dans le post, mais il fallait rendre au texte ce qui y est vraiment. ↩︎

Une réponse à « Et elle dit « je suis humble ! » »

  1. Avatar de
    Anonyme

    Dans son Autobiographie, sainte Thérèse de Jésus (d’Avila) écrit : « Je m’émerveille de voir combien il importe (…) d’entreprendre vaillamment de grandes choses ; quand elle manquerait de force dans l’immédiat, l’âme prend son envol et monte très haut, même si, comme l’oiselet au maigre plumage, elle fatigue, et ralentit » (ch 13).

    Les « grandes choses » c’est l’union parfaite avec le Seigneur, selon la mesure du don fait à chacun. Pour Thérèse, il est donc très important « de ne pas minimiser », de ne pas « rétrécir » les grands désirs de sainteté que le Seigneur, lui-même, inscrit dans le cœur.

    L’Écriture présente un merveilleux exemple de complémentarité harmonieuse entre les grands désirs, la grandeur d’âme, et l’humilité : celui de la Vierge Marie. Cette harmonie se manifeste avec éclat dans son « Magnificat » : « Il a jeté les yeux sur l’humilité de sa servante, désormais tous les âges me diront bienheureuse… » Un don absolument inouï accueilli dans une humilité absolue : quel contraste abyssal ! Contraste, mais pas contradiction. Dans sa petitesse, Marie a pleinement conscience de tout recevoir gratuitement de Dieu et c’est cette conscience même qui l’ouvre totalement à l’inouï du don : « … Tous les âges me diront bienheureuse » !

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