Les textes d’aujourd’hui ne portent pas spécialement le thème de la vocation. Pourtant la méditation sur les figures de Marthe et de Marie oriente souvent vers un diptyque action-contemplation – et nous sommes nombreux à en tirer des conséquences sur les états de vie en justifiant « je ne suis pas religieuse » ou « ça c’est bon pour les mères de familles ». Dans l’esprit de ce blog, nous avons voulu nous pencher plus précisément sur le mot « vocation » pour élargir notre regard sur ces questions.

Le mot vocation : deux sens proches mais distincts.

1 – Le sens courant. Vocation = état de vie

Lors d’une retraite avec des lycéens, un prêtre m’avait expliqué que la vocation était à comprendre comme le choix d’un état de vie. De fait, beaucoup de diocèses ont lié la pastorale des jeunes à celle des vocations.

L’enjeu de ce jumelage est d’aider les jeunes à trouver leur voie, à devenir capables d’un engagement définitif dans le mariage, la vie consacrée ou le ministère presbytéral. Sans être faux, le sens courant est pourtant insatisfaisant, n’est-ce pas ? Qu’en est-il alors des célibataires qui n’ont pas vraiment choisi cette voie car elle s’est présentée à eux par défaut ?

2 – Au sens étymologique, vocation = appel

Il faut donc aller plus loin, et peut-être revenir au sens étymologique. En latin, vocare signifie appeler. La vocation est donc un appel et bien sûr, un appel de Dieu. Toute la pastorale des vocations doit donc s’orienter vers le choix de moyens pour soutenir la capacité des jeunes à entendre cet appel sur eux et à y répondre. Là encore, nous percevons combien cette vision est juste et en même temps elle nous laisse avec une insatisfaction. Cette question de l’appel met parfois une pression très forte sur les jeunes. « Et si Dieu m’appelle à être bonne sœur ? Je ne pourrai jamais ! » – « Mais si je ne l’entends pas, comment je fais ? » Voilà notre pastorale transformée en brouillard anxiogène, alors que nous sommes sensés accompagner les brebis à la voix du bon Pasteur.

Retour à l’Écriture

« En cas d’urgence, brisez la glace » me redit une amie pour m’assurer de sa disponibilité. Pour nos questions ecclésiales, redisons-le : « en cas de brouillard, ouvrons nos bibles ! ». Plus que jamais, nous avons à revenir à l’Écriture pour comprendre comment nos prédécesseurs ont vécu ces questions et comment l’Esprit Saint les a inspirés.

Écoutons l’appel de Dieu à Abraham (Gn 12,1-4)

Le Seigneur dit à Abram : « Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père, et va vers le pays que je te montrerai. Je ferai de toi une grande nation, je te bénirai, je rendrai grand ton nom, et tu deviendras une bénédiction. Je bénirai ceux qui te béniront ; celui qui te maudira, je le réprouverai. En toi seront bénies toutes les familles de la terre. »

Abram s’en alla, comme le Seigneur le lui avait dit, et Loth s’en alla avec lui.

Cette vocation est un modèle pour nous en premier lieu car Abraham est un modèle d’obéissance dans la foi. Mais elle est aussi une source, c’est à dire à la fois un enseignement et une grâce. Comme toujours, regardons le personnage principal, qui est Dieu lui-même. Que dit-il ?

  • quitte,

  • va,

  • je ferai de toi

Trois verbes, dont deux sont effectivement des injonctions. Mais le troisième est une promesse. Ainsi, dans l’Écriture, quelque soit le récit d’appel, nous trouvons une promesse. Dieu s’engage le premier avec nous ! La vocation n’est plus à comprendre comme un devoir, un tablier ou une charge à porter, mais comme un don à recevoir, une promesse de Dieu qui va se déployer en nous.

Nouvel Adam, le Christ, dans la révélation même du mystère du Père et de son amour, manifeste pleinement l’homme à lui-même et lui découvre la sublimité de sa vocation. (GS 22)

On pourrait dire « oui, mais à condition… » Non. Dieu ne met pas de condition, il invite sur un chemin ou pourront se déployer toutes ses promesses. Il est comme le concepteur qui connaît les conditions par lesquelles pourront se déployer les potentialités de son ouvrage. Alors répondre à notre vocation n’est plus comme prendre un train que je craindrais de rater, mais prendre la main de Dieu pour collaborer avec lui à une construction qui sera ce que nous en ferons tous les deux.

La vocation, une poupée russe ou une semence

En ce sens, la vocation est comme une poupée russe, donc la plus petite serait effectivement le choix de l’état de vie. La plus petite, c’est-à-dire la dernière à apparaître, et parfois reste-t-elle tranquillement incluse dans la précédente, sans avoir besoin de devenir publique. Découvrir sa vocation, si tant est que cette expression soit juste, ne consiste pas en autre chose qu’en la découverte de ce que je suis : aimé(e) de Dieu, voulu(e) par lui, et réceptacle de ses propres dons pour le monde.

N., je te baptise au Nom du Père, du Fils et du Saint Esprit !

La première poupée russe qui contient toutes les autres, n’est-ce pas simplement le fait que je sois moi-même ?

Dans la formule du baptême, notre prénom est proclamé au côté de la Trinité. Point ici de trace d’état de vie, de réussite professionnelle ou même de fécondité apostolique. Il ne s’agit que de Lui et de moi : de son appel et de sa promesse. Comme pour Abraham, Dieu s’engage avec moi et pour moi, m’invitant simplement à devenir moi-même, à déployer tout ce qu’il a déposé en moi.

(…) l’homme, seule créature sur terre que Dieu a voulue pour elle-même, ne peut pleinement se trouver que par le don désintéressé de lui-même (GS 24)

Le Concile l’affirme avec force : nous sommes créés pour nous mêmes. Il ne faut pas oublier la deuxième partie de la phrase, mais ne passons pas trop vite sur la première. Si, comme le dit le pape François, « je suis une mission » (Christus vivit 254), cette mission se fonde dans un appel primordial à vivre. (Ez 16, 6)

Le semeur est sorti pour semer !

Si l’image de la poupée russe permet de saisir un ordre dans nos vocations personnelles, celle de la semence est beaucoup plus biblique. Tous les prédicateurs de ce dimanche chercheront à rendre compte de la complémentarité des vocations de Marthe et de Marie et je n’y échapperai pas : nous sommes tous appelés à écouter la parole du Christ comme Marie pour nous mettre comme Marthe au service de nos frères.

Cette parole du Christ semée en nous à notre baptême va germer et porter un fruit unique dont notre monde a besoin. Point n’est besoin alors d’aller chercher bien loin nos vocations : elles sont contenues dans le grain de sa parole et il nous donnera au temps voulu ce dont nous avons besoin. Bien plus, il bénit nos actions pour leur donner une fécondité (2 Co 9,10)

« à l’image de Dieu il les créa »

La première vocation de l’homme est de participer à l’œuvre de Dieu, c’est-à-dire que nous sommes fait pour donner la vie. Hommes et femmes, célibataires et époux, nous avons tous cette vocation – cette promesse pour notre vie, celle de la fécondité.

Il disait : « Il en est du règne de Dieu comme d’un homme qui jette en terre la semence : nuit et jour, qu’il dorme ou qu’il se lève, la semence germe et grandit, il ne sait comment. D’elle-même, la terre produit d’abord l’herbe, puis l’épi, enfin du blé plein l’épi. Et dès que le blé est mûr, il y met la faucille, puisque le temps de la moisson est arrivé. » (Mc 4, 26-29)

Nous sommes habitués à entrer dans les paraboles en y regardant l’œuvre de Dieu. Cette parole est aussi pour notre propre existence, ne l’oublions pas. Il s’agit bien que notre vie devienne un petit royaume de Dieu, c’est-à-dire un jardin ou chaque arbre donne du fruit « selon son espèce ». Ainsi, comme la pluie descend sur la terre et permet aux pommiers, aux framboisiers ou à mon basilic de porter un fruit différencié, l’Esprit Saint vient en moi comme « l’ondée sur la verdure » pour féconder ma vie et me permettre de porter du fruit. Que ce fruit soit plus matériel ou mesurable, comme celui de Marthe, ou que ce fruit soit plus spirituel comme celui de Marie est tout à fait second. Pour Dieu, l’important est que je sois déployé(e), là où je suis, même si je suis dans l’insatisfaction ou la frustration. Ce déploiement de la foi, de l’espérance et de la charité est ma vocation : appel et promesse.

Choisir la « meilleure part » ?

Quelle est donc cette meilleure part évoquée par Jésus dans l’évangile, sinon cette promesse de Dieu sur notre vie ? Loin de nous éparpiller à chercher quoi faire (religieux, bonne sœur, femme au foyer ou ingénieur des ponts et chaussées), le Christ nous appelle à l’accueillir dans notre vie. En ce sens, la prière d’Abraham aux trois visiteurs synthétise celles de Marthe et de Marie.

Abraham leva les yeux, et il vit trois hommes qui se tenaient debout près de lui.
Dès qu’il les vit, il courut à leur rencontre depuis l’entrée de la tente et se prosterna jusqu’à terre. Il dit :
« Mon seigneur, si j’ai pu trouver grâce à tes yeux,
ne passe pas sans t’arrêter près de ton serviteur.
Permettez que l’on vous apporte un peu d’eau,
vous vous laverez les pieds,
et vous vous étendrez sous cet arbre.
Je vais chercher de quoi manger,
et vous reprendrez des forces avant d’aller plus loin,
puisque vous êtes passés près de votre serviteur ! »

Accueillir l’appel peut commencer pour nous par accueillir l’appelant, c’est-à-dire Dieu lui-même. Il s’approche de nous comme ces visiteurs, respectueux de notre vie, de notre rythme – il nous a créé ! Pour entrer dans cette relation qui est la meilleure part possible à un être humain, nous pouvons nous aussi nous approcher de lui, lui proposer d’entrer dans notre vie et prendre soin de lui, dans la prière ou dans nos frères.

L’Évangile du jour :

Alléluia. Alléluia.
Heureux ceux qui ont entendu la Parole
dans un cœur bon et généreux,
qui la retiennent et portent du fruit par leur persévérance.
Alléluia. (cf. Lc 8, 15)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

    En ce temps-là,
    Jésus entra dans un village.
Une femme nommée Marthe le reçut.
    Elle avait une sœur appelée Marie
qui, s’étant assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole.
    Quant à Marthe, elle était accaparée
par les multiples occupations du service.
Elle intervint et dit :
« Seigneur, cela ne te fait rien
que ma sœur m’ait laissé faire seule le service ?
Dis-lui donc de m’aider. »
    Le Seigneur lui répondit :
« Marthe, Marthe, tu te donnes du souci
et tu t’agites pour bien des choses.
    Une seule est nécessaire.
Marie a choisi la meilleure part,
elle ne lui sera pas enlevée. »

    – Acclamons la Parole de Dieu.



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