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Dieu, on se d’mande bien c’qu’il fait !

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Comprendre la Prière de Demande : 6 Clés Essentielles.

Bien sûr, nous sommes bien élevés et nous savons que les biens matériels ne comblent pas notre cœur ! Pourtant nous guettons parfois avidement les petits signes de sa présence. Nous aimons les appeler clins Dieu, car ils nous parlent de cet amour paternel dont nous avons tant besoin. Mais lorsque nous demandons à Dieu quelque chose qui nous semble bon (une guérison par exemple), c’est une autre sorte de musique. Dans toutes la crise, les épreuves, la maladie, la prière de demande est un puissant secours… A condition de ne pas se tromper dans le mode d’emploi.

Nous voyons bien que nous ne pouvons entrer dans ces questions qu’avec précaution. Nous cherchons légitimement à comprendre, et en même temps nous ne pouvons nous approcher qu’en nous déchaussant de nos prétentions à savoir, à juger, à décider ce qui est vraiment bien.

Pour en parler, il faut aussi se déchausser, car cela nous conduit parfois au seuil de ce que le lecteur peut traverser. Si mes lignes vous semblent dures ou si mes formulations sont maladroites, s’il-vous-plaît signalez-le en commentaire, et pardon, d’avance.

1 – Pourquoi demander des choses à Dieu ?

Jésus est très clair à ce sujet. Demander est un signe de confiance en Dieu et donc une marque d’amour. D’ailleurs, vous le savez, vous qui êtes parents. Lorsque résonnent les premiers « papa », votre cœur vibre n’est-ce pas ? Dieu aime à nous exaucer. Son amour se plait à faire plaisir, car si nous sommes sensibles aux langages de l’amour, combien plus notre créateur parle-t-il ces langages ! Notre joie fait son bonheur et il ne retient pas ses bienfaits.

Dans l’évangile de Jean, Jésus fait immédiatement le lien entre prière de demande et joie :

En ce jour-là, vous ne me poserez plus de questions. Amen, amen, je vous le dis : ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous le donnera. Jusqu’à présent vous n’avez rien demandé en mon nom ; demandez, et vous recevrez : ainsi votre joie sera parfaite. (Jn 16,23-24)

2 – Mais oui, je suis en colère contre Dieu !

Cette colère n’est pas mauvaise, bien au contraire ! Car elle montre que nous ne sommes indifférents ni à l’injustice de la souffrance de l’innocent, ni à la foi indéfectible en un Dieu « père Tout-puissant », comme nous y invite le credo.

Tout l’enjeu va consister à garder cette colère comme lieu de notre relation avec lui. Selon nos tempéraments, nous sommes tentés d’éluder les conflits ou au contraire d’aller trouver celui qui a dépassé les bornes. Ici, il s’agit de notre relation à Dieu. Nous pouvons sans peur lui dire tout ce qui nous habite, et peut-être, entrer dans cette lutte contre le mal qui est Sa colère.

3- Pourquoi ne sommes-nous pas exaucés ?

Cette question n’est pas juste, car elle suppose que Dieu pourrait ne pas nous exaucer.

Regardons un peu plus loin.

En fait, dire que nous ne sommes pas exaucés, c’est dire que nous n’avons pas obtenu ce que nous demandions, parfois après de longues neuvaines ou des sacrifices qui nous ont coûté. Pourtant, penser que nous ne sommes pas exaucés, c’est une façon de parler de Dieu… qui n’est pas complètement catholique.

Car nous voyons bien que cela le décrit comme un égoïste qui garde pour lui ses bienfaits. Ou bien comme quelqu’un de limité qui n’aurait pas le temps de s’occuper de nous ou encore comme un juge qui agirait uniquement selon nos mérites. Pire encore, cette pensée peut aller jusqu’à faire de Dieu un supérieur un peu toxique, qui attendrait de nous que nous dépendions de lui, mais qui jouerait un peu avec nous « pour notre bien », ce qui est particulièrement infantilisant, voire déstabilisant. Ainsi, combien d’entre nous se sont éloignés de la prière parce qu’ils n’étaient pas exaucés ?

Dieu nous exauce donc toujours. Si la question pour nous est d’obtenir ce que nous demandons, cela dit peut-être quelque chose de notre relation à Dieu, plus que de Dieu lui-même. Dieu n’est pas un distributeur automatique. Une forme de colère qu’il faudrait bien regarder, consisterait à penser que Dieu est bon et il est tout-puissant, donc il doit guérir telle personne pour qui je prie. Mon attente se fait alors exigence : ma relation avec Dieu quitte l’amitié qui suppose toute liberté, pour devenir lien de subordination. Je sais ce que Dieu doit faire, et j’attends de lui qu’il accomplisse son devoir d’état.

La sœur jumelle de cette attitude est un regard sur soi. Après tout ce que j’ai fait, je mérite bien que Dieu m’exauce ! D’ailleurs quand j’arriverai au ciel, il m’accueillera en VIP tellement j’ai souffert. Cette logique est très dangereuse, car si je n’obtiens pas ce que je demande, je me mets facilement à penser que je n’ai pas assez mérité… pas assez souffert ?

4 – Revenir au Christ

Le projet de Dieu avec l’homme se dévoile pleinement dans le Christ. Quand nous le contemplons dans l’Évangile, nous trouvons le modèle parfait non seulement de ce que nous sommes appelés à vivre, mais aussi le prototype de la relation des personnes humaines avec Dieu. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle la prière parfaite est celle du Notre Père. Ces mots sont nés au creux de la prière la plus humaine qui soit, celle du Fils Unique de Dieu.

En ce jour où nous fêtons le Coeur Immaculé de Marie, souvenons-nous de nous abriter en elle pour ne pas pécher. Redisons peut-être le psaume 4 que nous propose la liturgie du samedi soir :

2 Quand je crie, réponds-moi,
Dieu, ma justice !

Toi qui me libères dans la détresse,
pitié pour moi, écoute ma prière !

3 Fils des hommes,
jusqu’où irez-vous dans l’insulte à ma gloire, *
l’amour du néant et la course au mensonge ?

4 Sachez que le Seigneur a mis à part son fidèle,
le Seigneur entend quand je crie vers lui.

5 Mais vous, tremblez, ne péchez pas ;
réfléchissez dans le secret, faites silence.

6 Offrez les offrandes justes
et faites confiance au Seigneur.

7 Beaucoup demandent :
« Qui nous fera voir le bonheur ? » *
Sur nous, Seigneur, que s’illumine ton visage !

8 Tu mets dans mon cœur plus de joie
que toutes leurs vendanges et leurs moissons.

9 Dans la paix moi aussi, je me couche et je dors, *
car tu me donnes d’habiter, Seigneur,
seul, dans la confiance.

5 – Dieu nous exauce toujours, mais nous n’obtenons pas toujours ce que nous avons demandé

Quand les mots nous manquent dans des situations d’épreuve où quand la compassion serait requise, notre raison est comme bloquée. Comprendre, voilà notre plus grand désir dans ces situations.

« Qu’est-ce que tu veux que je te dises  » ; « mais c’est pour ton bien que tu souffres ! ». Que notre tête arrête de nous servir des réponses qui nous laissent assoiffés ! Il nous faut donc changer d’approche.

En ouvrant la porte à ce mystère, la lumière nous entraîne à contempler la prière de manière plus large. A l’école des saints du Carmel, entendons ici plusieurs éléments de réponse :

Ce commerce d’amitié avec Dieu par la foi nous enrichit certainement.

Dieu est Amour toujours diffusif.

De même qu’on ne peut plonger sa main dans l’eau sans se mouiller, ou dans un brasier sans se brûler, de même on ne peut prendre contact avec Dieu par la foi sans puiser en sa richesse infinie.

La pauvre femme malade qui essayait d’arriver jusqu’à Jésus à travers la foule dense, dans les rues de Capharnaüm, se disait en elle-même : « Si je réussis à toucher les franges de son vêtement, je serai guérie ». Elle y parvient enfin et arrache, par un contact qui fait tressaillir le Maître, la guérison désirée.

Tout contact avec Dieu par la foi a la même efficacité.

Indépendamment des grâces particulières qu’il a pu demander et obtenir, il puise en Dieu une augmentation de vie surnaturelle, un enrichissement de charité.

(Marie-Eugène de l’Enfant Jésus, Je veux voir Dieu, chap. 4, p. 62)

Deux fois en quelques lignes, le père Marie-Eugène parle du don de Dieu comme un enrichissement. Chaque fois que nous nous approchons de Lui, nous obtenons donc quelque chose, et même quelque chose de Lui-même : la charité. Elle n’est pas seulement la capacité à se pencher sur les besoins des autres. Elle est l’amour même de la Trinité. Pas de plus grand don que celui-là.

Or, ce don est comme la pluie sur la terre. Tantôt elle favorise la floraison des lauriers-roses, tantôt la pousse du basilic. L’Esprit Saint, puisqu’il s’agit de lui, vient nous enrichir de lui-même pour que nous déployons tous les dons semés en nous, notamment à notre baptême. Ici, la logique c’est pas celle de l’efficacité mais de la fécondité. Mystère parfois douloureux où le Christ nous entraîne plus loin.

Ici, la logique c’est pas celle de l’efficacité mais de la fécondité. Mystère parfois douloureux où le Christ nous entraîne plus loin.

Nous imaginons Dieu comme un donateur, et nous avons raison. Mais nos représentations sont celles de la boulangère qui nous donne du pain contre trois piécettes, ou du distributeur qui reste coincé à moins qu’on ne le bouscule pour faire tomber le snack convoité. Quand le bon Dieu nous exauce, il nous invite à collaborer avec lui – à faire le pain avec lui, pour reprendre l’analogie de la boulangerie. Parce que dans la lutte contre le mal, il voit les besoins de notre vie mais aussi ceux du monde et nous invite à lutter avec lui, comme lui, par lui.

6 – intercéder, c’est un job de prêtre, non ?

Oui, c’est même le propre du sacerdoce de porter les besoins du monde dans la prière. Nous le voyons dans la lettre aux hébreux, où Jésus est présenté comme « le grand-prêtre par excellence ».

C’est pourquoi il est capable de sauver d’une manière définitive ceux qui par lui s’avancent vers Dieu, car il est toujours vivant pour intercéder en leur faveur. (He 7)

Sans cesse, le Christ intercède pour nous. Notre prière chrétienne va consister à nous joindre à la sienne, comme un enfant joint sa voix à celle de son frère pour demander « s’il-te-plait ». C’est cela aussi, le sacerdoce baptismal.

Approchez-vous de lui : il est la pierre vivante rejetée par les hommes, mais choisie et précieuse devant Dieu.
Vous aussi, comme pierres vivantes, entrez dans la construction de la demeure spirituelle, pour devenir le sacerdoce saint et présenter des sacrifices spirituels, agréables à Dieu, par Jésus Christ. (1 P 2, 4)

Cela pourra se faire dans nos temps de prière personnelle, mais aussi d’une manière particulière à la messe où nous présentons dans le pain et le vin toutes nos existences. Non pas seulement en sacrifice (Rm 12,1), mais en demande, aussi, de cette grâce ou de cette santé sans laquelle la route est si peineuse.

Nous apportons aussi les autres, un peu à la manière de Thérèse de Lisieux dans son acte d’offrande, qui offre les mérites des saints, sûre qu’elle sera ainsi exaucée. Et d’une autre manière nous pouvons apporter nos frères et sœurs à l’offertoire, pour que le Christ les saisisse en Lui-même encore une fois, pour leur accorder un surcroît de grâce, et si telle est sa volonté, la guérison tant espérée.

conclusion

Pour finir, nous pouvons prier avec ce psaume des complies du dimanche (ps 90) qui nous dit que le malheur ne pourra nous toucher, sans nier que les épreuves sont là – paradoxe pour notre raison, mais porte ouverte à la grâce par le Christ.

01 Quand je me tiens sous l’abri du Très-Haut et repose à l’ombre du Puissant,

02 je dis au Seigneur : « Mon refuge, mon rempart, mon Dieu, dont je suis sûr ! »

03 C’est lui qui te sauve des filets du chasseur et de la peste maléfique ; *

04 il te couvre et te protège. Tu trouves sous son aile un refuge : sa fidélité est une armure, un bouclier.

05 Tu ne craindras ni les terreurs de la nuit, ni la flèche qui vole au grand jour,

06 ni la peste qui rôde dans le noir, ni le fléau qui frappe à midi.

07 Qu’il en tombe mille à tes côtés, + qu’il en tombe dix mille à ta droite, * toi, tu restes hors d’atteinte.

08 Il suffit que tu ouvres les yeux, tu verras le salaire du méchant.

09 Oui, le Seigneur est ton refuge ; tu as fait du Très-Haut ta forteresse.

10 Le malheur ne pourra te toucher, ni le danger, approcher de ta demeure :

11 il donne mission à ses anges de te garder sur tous tes chemins.

12 Ils te porteront sur leurs mains pour que ton pied ne heurte les pierres ;

13 tu marcheras sur la vipère et le scorpion, tu écraseras le lion et le Dragon.

14 « Puisqu’il s’attache à moi, je le délivre ; je le défends, car il connaît mon nom.

15 Il m’appelle, et moi, je lui réponds ; je suis avec lui dans son épreuve. « Je veux le libérer, le glorifier ; +

16 de longs jours, je veux le rassasier, * et je ferai qu’il voie mon salut. »

2 réponses à « Dieu, on se d’mande bien c’qu’il fait ! »

  1. Avatar de
    Anonyme

    Merci pour cette explication qui donne un regard plus juste à la prière!

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    1. Avatar de
      Anonyme

      Avec joie ! Cela nous aide aussi nous-même de poser ces mots, lorsque des situations douloureuses sont à vivre.

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