épisode précédent : Esprit es-tu là ? 1/3
2e épisode de cette série pour recevoir l’Esprit de Jésus-Christ. Comment différencier vie dans l’esprit et superstition, charisme et intention subjective, obéissance dans la foi et soumission de la liberté ? Avec ce petit test : avez-vous cherché une symbolique spirituelle dans la photo-titre de ce post ? L’Esprit est un feu qui purifie, laissons-nous guider par lui seul !
Charisme ou superstition ?
Le renouveau charismatique a apporté, pour certains aspect, un vent de fraîcheur dans l’Église. De nombreuses personnes peuvent témoigner d’une conversion, d’un retour à une ferveur qu’ils croyaient disparue. Pour autant, plusieurs éléments doivent nous aider à ne pas en faire un absolu.
Le premier est celui-ci justement : si je transforme une expérience, un rite ou un charisme en technique efficace ou en l’unique chemin vers le bien, j’instrumentalise à coup sûr les dons de Dieu.

Cela vaut pour le port de médailles ou les invocations des saints en prenant la voiture ! La vénération des saints est encouragée par l’Eglise, mais la vie de foi n’est pas compatible avec la superstition, et nous sommes bien souvent tentés d’utiliser les saints pour améliorer notre quotidien. Comment donc avancer sainement dans la foi ?
Obéissance ou soumission ?
Un deuxième élément est la question de la « vie dans l’esprit ». Une interprétation un peu rapide du discernement ignatien consisterait à dire que si mes émotions concordent, alors c’est que ça vient de Dieu.
Mais dire que « j’ai dans le cœur » (une parole ou une exhortation) ou que « je le sens très fort » ne signifie pas que cela vient de Dieu. On remarquera d’ailleurs le glissement du vocabulaire. Plus on « sent très fort », plus la parole est sensée venir de Dieu et demander la soumission des auditeurs.
Petit rappel à toutes fins utiles : les charismes ne sont pas des excroissances spirituelles un peu fascinantes. Ce sont des dons de Dieu pour la croissance des autres, qui ne disent rien de notre propre sainteté. Ce point est d’ailleurs valable pour les personnes comme pour les communautés. Enfin, les charismes sont le plus souvent ponctuels, mais peuvent se répéter.
Là encore, la question de la vérification et du discernement sont essentiels – autrement dit : la question de l’altérité. Suis-je prêt(e) à abandonner cette certitude intérieure ? Suis-je prêt(e) à la confronter à l’Écriture et à la Tradition de l’Église ? Cela vaut bien sûr pour les charismes personnels mais aussi pour ceux des communautés. Quel mal n’a pas été fait au non des charismes sois-disant incompris ou des prétendues « nouveautés » reléguant tout contradicteur dans la culpabilisation de son manque d’écoute de l’Esprit Saint ?
Cette manière de discerner va souvent main dans la main avec l’interprétation de « signes ». Telle date concorde avec un événement important pour moi ? C’est un signe. Telle photo ressurgit par les méandres des albums google ? Encore un signe. Aucun doute n’est permis, c’est une indication qu’il faut aller à droite ou à gauche, s’engager ou ghoster.
Or, dans l’évangile, les signes ne sont pas des indications qui poussent à l’action, mais à la foi en Jésus-Christ. C’est leur seul rôle et si on cherche à en donner un autre à tout ce qui se passe dans notre vie, notre relation à la providence n’est plus communion confiante, mais soumission à une volonté irrationnelle.

Dans l’évangile, les signes ne sont pas des indications qui poussent à l’action, mais à la foi en Jésus-Christ. C’est leur seul rôle.
Cette pratique transforme l’existence en un chemin à tâtons où chaque coïncidence devient une devinette et où la vie de charité et la foi sont soumises à des diktats irraisonnés. En un mot, on passe de l’obéissance de la foi qui est communion dans l’amour, à une soumission, voire à une forme d’idolâtrie bien éloignées des promesses baptismales. 3 justifications qui n’en sont pas : « oui eh bien je vais continuer parce que ça me fait du bien » (argument auto-centré) ; « j’y crois, et d’ailleurs le père Truc est d’accord » (argument d’autorité) ; « j’ai longtemps fait tout bien mais ça n’a pas marché » (recherche de l’efficacité, voir l‘épisode 1 de notre série).
Relisons attentivement la lettre aux Romains :
Frères,
ceux qui sont sous l’emprise de la chair ne peuvent pas plaire à Dieu. Or, vous, vous n’êtes pas sous l’emprise de la chair, mais sous celle de l’Esprit, puisque l’Esprit de Dieu habite en vous.
Celui qui n’a pas l’Esprit du Christ ne lui appartient pas. Mais si le Christ est en vous, le corps, il est vrai, reste marqué par la mort à cause du péché, mais l’Esprit vous fait vivre,
puisque vous êtes devenus des justes.
Et si l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus, le Christ, d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous.Ainsi donc, frères, nous avons une dette, mais elle n’est pas envers la chair pour devoir vivre selon la chair. Car si vous vivez selon la chair, vous allez mourir ; mais si, par l’Esprit,
vous tuez les agissements de l’homme pécheur, vous vivrez.En effet, tous ceux qui se laissent conduire par l’Esprit de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu. Vous n’avez pas reçu un esprit qui fait de vous des esclaves et vous ramène à la peur ; mais vous avez reçu un Esprit qui fait de vous des fils ; et c’est en lui que nous crions « Abba ! », c’est-à-dire : Père !
C’est donc l’Esprit Saint lui-même qui atteste à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. Puisque nous sommes ses enfants, nous sommes aussi ses héritiers : héritiers de Dieu, héritiers avec le Christ, si du moins nous souffrons avec lui pour être avec lui dans la gloire.
La conscience, ce « vicaire » de Dieu en nous (CEC 1743)
Je remarque aussi que cela vaut autant pour la vie personnelle (se soumettre soi-même aux mouvements intérieurs) qu’à la vie ecclésiale, où l’argument d’autorité a réduit au silence maintes tentatives de réflexion, voire la plus simple expression de bon sens. A l’inverse, nombre de laïcs abandonnent aux clercs le discernement sous prétexte de leur formation théologique. Nous pensons à manger, nous pensons à prier, n’oublions pas non plus de nourrir notre intelligence et d’exercer notre raison. La théologie détachée du réalisme est souvent une erreur. L’inverse l’est aussi tout autant, car on sert Dieu d’autant mieux qu’on le connait vraiment. Le Christ est en lui-même le modèle de tout lien entre vie spirituelle et réalisme : il est vrai homme et vrai Dieu, sans confusion ni séparation (Concile de Chalcédoine). Lorsque nous avançons sur ces sujets, n’oublions pas de nous conformer à lui.
Dieu nous parle sans arrêt, et toute la question, nous l’avons bien compris, est de comprendre ce qu’il nous dit pour aller vers notre Bien ultime qui n’est autre que lui-même. Pour cela, il nous a doté de qualités naturelles, parmi lesquelles la conscience.
Avant de chercher dans les astres ou dans les coïncidences de nos existence la voix d’un GPS programmé, écoutons peut-être notre conscience. Cela suppose silence et sincérité et nous en avons tellement soif ! Cela nous entraîne aussi parfois dans des lieux que nous préférons éviter : je veux parler de notre responsabilité.
Présente au plus intime de la personne, la conscience morale est un jugement de la raison qui, au moment opportun, enjoint à l’homme d’accomplir le bien et d’éviter le mal. Grâce à elle, la personne humaine perçoit la qualité morale d’un acte à accomplir ou déjà accompli, permettant d’en assumer la responsabilité. Quand il écoute sa conscience morale, l’homme prudent peut entendre la voix de Dieu qui lui parle. (catéchisme de l’Eglise catholique)
Dire que « le malin est à l’œuvre » dans une situation ou attendre des signes, cela revient souvent à laisser les esprits bon ou mauvais endosser notre responsabilité. Pour nous, cela revient à ce que je disais sur la conscience. Souhaiter un signe, c’est parfois vouloir assurer un choix, ou refuser au contraire de l’assumer. Et si le malin est à l’œuvre (c’est souvent vrai!) n’oublions pas pour autant que nous avons notre libre-arbitre. Bien sûr, cela permet de ne pas dire qu’une personne est malfaisante, ce qui n’est pas très catho-compatible. Mais cela lui enlève aussi une part de sa dignité. Cette personne agit-elle sous emprise ? Alors pourquoi ne courons-nous pas prévenir l’exorciste du diocèse ? Si nous ne le faisons pas, c’est peut-être parce que notre bon sens nous dit que cette personne est libre. L’acceptons-nous toujours ?
Conclusion
Pour conclure cette deuxième partie, petite justification : loin de moi l’idée d’enfermer le renouveau charismatique dans ses déviances. Je peux témoigner de ce que j’ai moi-même reçu et de la manière dont les prières de louange, voire la vie charismatique, ont élargi mon regard et ma charité. (c’est dire où j’en étais sans ça !). Il n’en demeure pas moins que nombre de groupes de prières, de communautés nouvelles ou de paroissiens ont gravement abandonné l’intelligence spirituelle et le travail qu’elle requiert pour ces pratiques qui relèvent plus de la magie que de la vie de foi.
En ce temps de Pentecôte, vivons sous la conduite libérante de l’Esprit de vérité, de lumière et de paix.
Pour aller plus loin :
Esprit es-tu là ? 3/3 : Vivons en enfants de lumière !
bonus : Esprit es-tu là ? 4/3 – pour aller plus loin, quelques liens.





