méditation du 6e Dimanche de Pâques.
Bienvenue pour ce nouveau post. Nous avons choisi aujourd’hui de méditer sur l’évangile de ce dimanche.
De l’écoute à la foi
Une parole, des paroles ?
Le premier point du texte est construit avec des répétitions inversées (cf. schéma à la fin de ce post). Jésus y parle tour à tour de sa parole et de ses paroles. Il ne faut sans doute pas y voir deux réalités différentes mais plutôt une même réalité sous deux aspects différents.
Tout l’enjeu d’une existence consisterait presque à unifier notre vie, de telle sorte que nos actes disent réellement ce que nous sommes. En disant cela, je fais déjà un lien entre nos actes et nos paroles, ou plutôt je comprends nos actes comme une forme de parole. Maurice Blondel dirait que nos actes nous disent Pourtant, ils disent de nous combien nous sommes encore éparpillés, tiraillés par des tensions intérieures entre nos désirs contradictoires.

Le Christ, lui, n’a qu’une parole. Bien plus, il n’est qu’une parole, celle du Père. Jean de la Croix affirme ainsi que « Le Père céleste a dit une seule parole : c’est son Fils. Il l’a dit éternellement et dans un éternel silence. C’est dans le silence de l’âme qu’elle se fait entendre1.» Ainsi l’usage du singulier « la parole » insiste sur l’unité de l’enseignement du Christ, tandis que l’usage du pluriel « mes paroles » attire notre regard vers la multitude des gestes et des mots employés par le Verbe pour nous révéler le Père.
La parole du Christ est présence du Christ
De ce fait, lorsque Jésus nous invite à garder ses paroles, pour qu’elles « demeurent » en nous, il nous indique le moyen de rester en sa présence. Comme dans nos relations, la parole de l’autre est un signe du lien que nous avons avec lui. Nous relisons tel courrier, tel message reçu. Pour le Christ, il ne s’agit pas d’un souvenir à visiter, mais d’une présence pérenne à laquelle nous nous rendons nous-même présents. Dans un autre verset, Jésus utilise le même mot pour désigner la manière dont nous devons garder sa parole, et la manière dont il reste en lien avec nous.
Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, demandez tout ce que vous voulez, et cela se réalisera pour vous. (Jn 15,7)
On peut donc dire qu’il y a une forme de sacramentalité des paroles du Christ. Un sacrement est un geste accompagné d’une parole, qui réalise vraiment ce qui est signifié symboliquement.

L’exemple le plus simple pour nous est celui du baptême : l’eau nous lave, elle nous donne la vie. Dans le baptême, notre existence est purifiée et renouvelée au point qu’on peut parler de « nouvelle naissance ». Ainsi l’eau du baptême, accompagnée de la parole du prêtre ou du diacre, accomplit en nous ce qui est symbolisé.
Pour les paroles du Christ, il en est de même dans une certaine mesure. Le Concile nos le redit : « Il est là présent dans sa parole, car c’est lui qui parle tandis qu’on lit dans l’Église les Saintes Écritures2. » Le terme « dans l’Église » ne désigne pas d’abord le bâtiment, mais l’unique Église – Corps du Christ. Ainsi, l’écoute croyante des lectures dans la liturgie ou la lecture attentive dans la méditation personnelle en communion avec l’Église rendent le Christ présent.
Le rôle de la mémoire
Le texte d’aujourd’hui contient aussi plusieurs verbes au futur. Jésus nous exhorte pour que nous sachions le retrouver après son retour vers le Père. Il nous invite à ne pas oublier, à nous souvenir de ses paroles. Mais il sait notre faiblesse et nous invite à vivre dans la foi. Qu’est-ce à dire ?
On parle souvent du binôme « foi et raison » et Jean-Paul II nous indique un chemin assuré pour réconcilier les deux « meilleurs ennemis du monde ». Ici, Jésus nous indique que la foi est liée aussi à la mémoire. Il reprend un thème qui court dans tout l’Ancien Testament, où les prophètes demandent inlassablement à Israël de ne pas oublier d’où il vient (Dt 15,15). Leur prédication est aussi une plainte contre l’infidélité du peuple qui oublie ce que Dieu à fait pour lui. (Ex 13,3 ; Dt 8, 12-14 ; Jr 2,32 ; …). Or, pour Israël, se souvenir n’est pas seulement poser une gerbe de fleur sur un monument. C’est véritablement actualiser le don de Dieu – car il est éternel – boire à nouveau à la source de ce qu’il a fait dans le passé pour en vivre dans le présent. Nous retrouvons ici quelque chose de cette sacramentalité : aujourd’hui Jésus nous donne un enseignement non seulement sur nous, mais aussi sur la manière dont il vient nous rejoindre.
Le Consolateur
En nous montrant l’action de l’Esprit Saint, Jésus nous offre une clé de compréhension et une attestation de ce que Dieu fait pour nous. L’objectivité de l’action de Dieu est alors un puissant soutien pour notre foi qui s’appuie sur lui. Nous ne sommes plus livrés à nous-mêmes et à nos ressentis, cherchant à tâtons les signes et les interprétations pour nous diriger dans l’existence : le don de la foi nous appuie sur Dieu lui-même.
C’est ce qui permet à Jean de la Croix d’affirmer encore que la foi est « certaine » et « obscure ». Elle dépasse totalement nos capacités de perceptions car Dieu est infiniment au delà de nous, en même temps qu’elle nous est donnée comme un appui solide pour éclairer notre raison et nos discernements quotidiens. Comme Marie, mettons-nous donc en silence pour garder en nous les Paroles du Christ et les méditer (Lc 2,19).

Dans cet évangile, Jésus nous présente l’Esprit Saint comme celui qui vient rejoindre notre profonde solitude pour nous conseiller, nous encourager aussi. Le terme grec « paracletos » peut-être aussi traduit par « avocat » : celui qui vient apporter une parole opposée à celle de l’Accusateur (cf. Ap 12,10).

Il devient peu à peu l’Ami de celui qui l’écoute. On pourrait comprendre la foi aussi comme le fait de pouvoir se poser, d’avoir un lieu ou baisser la garde. En présence de l’Esprit, on est comme à la maison et on peut poser ses valises.
Nous voyons aussi dans ce texte que Jésus reste présent auprès de nous, notamment par sa Parole. Ainsi c’est une véritable catéchèse sur la Trinité qui nous est proposée : Le Père a envoyé le Fils. ll enverra aussi l’Esprit, au nom du Fils, c’est-à-dire en quelque sorte mandaté par le Fils. L’évangile poursuit : L’Esprit est le Paraclet, et St Jean dira ailleurs que Jésus est notre « avocat auprès du Père » (1 Jn 2,1).
Le Père est source, le Fils est médiation de l’Amour éternel, l’Esprit est cet amour qui nous est donné totalement. Garder les paroles du Christ nous donne donc d’entrer dans ce mouvement éternel de la Trinité : c’est l’obéissance de la foi.
Sans attendre et à travers même nos difficultés, par la foi, nous pouvons dès maintenant entrer dans ce mouvement en nous donnant à l’action de l’Esprit Saint. C’est le grand paradoxe de la vie chrétienne : demeurer : à la fois rentrer à la maison et sortir vers plus grand que soi.

3 Bonus :
Voir aussi le bonus : un texte de Madeleine Delbrêl pour demeurer dans l’obéissance de la foi.
Pour visualiser quelques clés du texte de l’évangile :

Pour prier avec une hymne de la liturgie orientale :
Lumière des lumières.
Lumière est le Père ! Lumière de Lumière est le Fils !
Lumière est l’Esprit Saint,
Feu dans nos cœurs,
Trinité Sainte, nous t’adorons !
Amour est le Père ! Grâce est le Fils !
Communion est l’Esprit Saint,
Trinité Sainte, nous t’adorons !
Source est le Père ! Don est le Fils !
Effusion est l’Esprit Saint,
Trinité Sainte, nous t’adorons !
Puissance est le Père ! Sagesse est le Fils !
Bonté est l’Esprit Saint,
Trinité Sainte, nous t’adorons !
Pensée est le Père ! Parole est le Fils !
Gémissement est l’Esprit Saint,
Trinité Sainte, nous t’adorons !
Notes :





