Beaucoup d’entre nous ont sans doute fait le choix de rejoindre leur paroisse ou une communauté voisine pour célébrer la Résurrection. Les équipes liturgiques ont toutes fait un choix en préparant la célébration :
– Monsieur l’Curé, pour la Veillée Pascale, on prend vraiment TOUTES les lectures ?
Les psaumes responsoriaux
Pour entrer dans le sens des lectures, pas besoin de s’envoler dans des interprétations hors sol : il suffit de se mettre à l’écoute de ce qui nous est proposé.
Chaque lecture est suivie d’un psaume ou d’une hymne biblique, puis d’une oraison prononcée par le président de l’assemblée.
Comme aux messes habituelles, ces psaumes ont pour but de nous offrir un espace de réponse à la parole entendue. La liturgie pascale est ainsi un dialogue entre Dieu et l’Église. Comme pour la Résurrection de Jésus, l’Esprit vient éveiller le Corps du Christ de l’intérieur, suscitant le consentement des baptisés à entrer dans la vie nouvelle.
A des récits apparemment violents comme Gn 22 ou Ex 14, la liturgie nous propose de poser un acte de foi en la puissance de Dieu, capable de vaincre nos ennemis. Ou bien pour Ex 36, qui est une promesse de rassemblement et de purification, le psaume 51 propose un chemin tout intérieur où le croyant peut exprimer sa soif et orienter son désir le plus profond vers la grâce qui vient.
La progression de la veillée

Les symboles les plus évidents de la veillée nous disent la même chose que la progression des lectures : nous sommes dans les ténèbres, marchant à tâtons derrière le cierge pascal dans une église obscure. L’assemblée est en silence (sauf la ribambelle de bambini dans mon coin hier soir !) et on n’entend que des « attention à la marche » ou « désolé » quand on a un peu poussé son voisin. Et vient la lumière, d’abord distribuée à chacun par les cierges, qui explose après l’épître aux Romains en même temps que retentit le premier alleluia.
Nous faisons souvent une expérience frustrante du temps, mais nous sommes des êtres temporels, sans cesse en croissance. Dans tous les sacrements, Dieu respecte ce qu’il a créé et notre besoin de temps n’y fait pas exception. La semaine Sainte nous fait passer par toutes les émotions et ces montagnes russes nous demandent de l’adaptation : le temps de la Veillée pascale n’est pas trop long pour nous permettre de prononcer un alleluia qui vient du plus profond de notre foi.
Les premiers textes nous font contempler un Dieu de vie : Il est créateur (Gn 1), il ne souhaite pas la mort (Gn 22) et il libère de tout ce qui vient contraindre ou limiter notre existence (Ex 14). Cette promesse de vie l’engage totalement (les trois premières lectures) tel un Époux à l’égard de celle qu’il aime (Is 54). Il se présente comme Rédempteur, et comme Maître de l’histoire (Is 55), par sa Parole. Pour autant, l’Écriture nous confronte à nos péchés et à leurs conséquences. Dans l’Écriture, la séparation ou l’exil sont des figures narratives, c’est-à-dire des procédés ou des images pour nous permettre de comprendre ce qu’est la condition de l’homme pécheur. A l’inverse, le paradis ou le jardin d’Eden représentent la communion avec Dieu. La sixième (Ba 3) et la septième (Ez 36) lectures mettent en lumière ce qui est présent depuis de le commencement : aussi loin que nous soyons, Dieu vient nous chercher. Il a l’initiative de notre Salut et nous en fait le don.
D’une manière plus catéchétique et moins narrative que dans les lectures précédentes, l’épître aux Romains nous permet de faire le lien entre l’action de Dieu pour Abraham, pour Jérusalem pour le peuple hébreux et ce que nous sommes en train de vivre dans le sacrement du Mystère pascal.
Puis l’évangile arrive avec son originalité : ici, pas de puissance, pas d’action spectaculaire. Au contraire, un tombeau vide, une absence, une disparition même. La parole des premiers témoins de la Résurrection montre des gens qui courent en tous sens, qui se disent aux uns ce que les autres refusent de croire, qui voient sans que cela suscite un acte de foi automatique… Bref, nous voici obligés de plonger nos racines un peu plus loin que le premier récit pour que notre intelligence s’ouvre à ce qui s’est vraiment passé.
Il nous faut dans le jardin du tombeau vide laisser Dieu nous trouver là où nous sommes (Gn 3 et Jn 20, 11) pour qu’il se révèle à nouveau comme le Dieu de la vie pour qui notre existence n’a pas de prix, comme le libérateur qui suscite notre amour et comme l’ami qui tient ses promesses de nous ramener sur notre terre.

Comme aux premiers témoins, le Christ se manifeste à nous dans la liturgie. Il est vivant et se rend présent sous plusieurs modes et notamment en nous parlant dans cette veillée. Sa puissance est donc à l’œuvre en nous et c’est dans sa Résurrection que nous trouvons la source de notre foi. C’est ainsi que la liturgie est mémorial : actualisation de ce qui est dit et signifié. C’est aussi là que nous trouvons la définition du sacrement : signe efficace de l’action de Dieu. Ainsi, l’alléluia est chanté pour saluer l’irruption du Christ dans la proclamation de l’Évangile. L’annonce de cette parole fait surgir de l’assemblée l’exclamation de « Louange à toi, Seigneur Jésus » qui est sa première parole de foi.
Oui, je crois
C’est seulement là, après avoir entendu des mots et des images, des récits et des poèmes, des chants et des promesses, c’est seulement là que nous pouvons répondre.
Mais nous ne pouvons pas seulement répondre parce que nous avons compris. Nous pouvons répondre parce que nous sommes saisis dans ce double mouvement: notre prise de conscience que nous sommes incapables de nous en sortir vient rencontrer la proposition de Dieu qui nous tire de nos tombeaux par le Christ. Par sa grâce, le Christ vient libérer notre intelligence de ce qui l’empêche de le reconnaître, et délier notre volonté rendue incapable de le choisir.

Ainsi la profession de foi de cette veillée est-elle un renouvellement de celle du baptême. Car nous devons, à notre tour, poser une parole qui engage notre existence dans ce mouvement de vie. Cela consiste à saisir la main qui nous est tendue, mais aussi à renoncer à ce qui nous entraîne vers le fond.
Des fleuves d’eau vive !

Le mouvement de l’aspersion, au delà de l’aspect ludique (le prêtre va-t-il ou va-t-il pas arroser copieusement l’assemblée ?) est encore une acclamation et une supplication. Que par ton eau, Seigneur, tu viennes réaliser en moi ce que j’ai entrevu et proclamé : ma libération et ma renaissance !
Cette aspersion sera renouvelée chaque dimanche du Temps pascal, nous aidant ainsi semaine après semaine à nous engager de plus en plus dans la vie nouvelle. Pas à pas, dimanche après dimanche, nous lui devenons un peu plus semblables parce que nous le percevons tel qu’il est : Dieu, créateur, Maître, Rédempteur, Libérateur et Guide, Eau pure et Lumière, Chemin et Demeure éternelle. (cf. temps pascal)
Il fait de nous son Corps !

N’oublions pas que nous sommes, chacun pour notre part, membres de son Corps. Ainsi renouvelés et coopérants à la grâce, nous soutenons ce mouvement de passage (Pessah) de la mort à la vie, de la nouvelle création du monde. (Rm 8,19). De la Résurrection de Jésus il y a deux mille ans à aujourd’hui, il y a à la fois une grande distance et une proximité magnifique. Le Triduum est en lui-même comme un sacrement (un geste avec une parole efficaces) dans lequel nous sommes plongés par notre participation à la liturgie de l’Eglise. L’écoute attentive de la Parole de Dieu, la collaboration de toute notre intelligence, de notre volonté, de tout notre esprit, tout cela nous transforme et fait advenir en notre monde des fruits nouveaux de la Résurrection du Christ.
Alors, n’attendons plus pour nous laisser du temps ! Joyeux Temps pascal à tous !





