,

Vous avez dit C.E.F. ?

Publié par

Au moment où est élu le nouveau président de la conférence des évêques de France, faisons un point sur cette instance : sa mission, ses moyens et son lien avec Rome. Voici quelques clés pour entrer dans les enjeux de cette élection.

Pour commencer, quelques mots sur l’Église

Au sens le plus simple, l’Église universelle est l’ensemble des baptisés et des croyants en Jésus-Christ. Cette définition peut être nuancée, puisque le Christ dit lui-même en Mt 25 « ce que vous avez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous le faites ». Mais pour ce qui nous intéresse ici, les contours de l’Église sont surtout visibles par ses institutions. Ainsi, à chaque messe nous prions pour le pape et l’évêque de notre diocèse. Au-delà de la stricte intercession, il s’agit aussi de manifester notre communion au Corps du Christ qu’est l’Église (Rm 12,5) à travers la communion avec ses pasteurs.

Cette communion est le lien le plus fort. Elle repose sur une foi commune (Eph 4,6) et sur l’accueil de la Révélation en Jésus-Christ transmise par les Apôtres et leurs successeurs, les évêques.

Au cœur de cette communion, l’évêque de Rome est apparu assez vite comme un ministre particulier. Le successeur de Pierre acquiert par la suite des prérogatives juridiques, au fur et à mesure de l’organisation et de l’institutionnalisation de l’Église. En tout état de cause, toute l’organisation visible de l’Église doit être ordonnée à un seul but : sa croissance et la sanctification des fidèles (Col 2, 19).

Les Églises particulière et le rôle de l’évêque

Pour mieux comprendre le rôle de l’évêque, n’hésitez pas à consulter le chapitre III de la constitution sur l’Église Lumen gentium. Le texte nous dit en particulier :

Leur charge comprend un aspect de gouvernement de l’Église en tant qu’organisation humaine, mais ce ministère de communion repose, comme nous l’avons dit, sur la transmission fidèle de la foi reçue des apôtres. C’est à ce titre qu’ils ont un « magistère doctrinal » (voir aussi nos deux posts sur ce sujet). Enfin, le « sacerdoce du culte sacré » est aussi lié à ce même ministère, puisque « l’Église vit de l’Eucharistie« , selon le titre d’une encyclique de Jean-Paul II. Remarquons que j’emploie ici le pluriel. En effet les évêques sont collégialement successeurs des Apôtres.

Dans son diocèse, l’évêque a donc aussi un ministère supplémentaire : celui de marquer la communion avec l’Église universelle. Son rôle de gouvernement, s’il est à comprendre dans le collège épiscopal, s’applique très directement pour lui sur le territoire de l’Église particulière. Il a une charge juridique, mais aussi pour la dispense des sacrements. Il s’adjoint des collaborateurs en la personne des prêtres et des diacres, et de manière différente avec les laïcs qui exercent des charges particulières.

Derrière ces fonctionnement affleure la question de la répartition de cette charge de gouvernement avec la synodalité. Il faut donc tenir en même temps la co-responsabilité des fidèles dans la mission de l’Église et le fait que certains ont des missions propres. Le but des organisations, des répartitions de rôles et de tout ce qui peut paraître un peu « terrestre » n’est pas seulement une facilité pour nous. Il en va de la mission de l’Église, appelée à être « comme le sacrement de l’unité du genre humain et de l’union intime avec Dieu » (LG 1).

Les conférences épiscopales nationales

Dans les éléments que nous venons de voir, il n’y a pas de place pour ce qui est devenu les conférences épiscopales. Elles ne sont pas essentielles à l’Église comme le sont le pape, les évêques ou les sacrements. Pourtant ces associations ont une structure juridique particulière, avec des statuts et un fonctionnement qui doivent être approuvés par Rome, au titre du ministère de communion pour l’Église universelle.

Leurs prérogatives sont limitées. En effet une conférence épiscopale n’est pas un collège épiscopal local. Elles n’interviennent pas sur tous les domaines de la vie chrétienne, mais seulement sur certaines questions locales pour faciliter la mission de l’Église. Ainsi, en France par exemple, les évêques proposent régulièrement des communiqués sur des questions sociales. Ils sont le vis-à-vis des autorités civiles pour les questions qui les concernent : la justice lorsque des clercs ou des religieux sont impliqués, l’application de la loi de 1905 sur la laïcité1 etc. C’est aussi la conférence épiscopale qui a demandé à Jean-Marc Sauvé le rapport de la CIASE rendu en octobre 2021. C’est en effet une des charges de la CEF de veiller à la mise en oeuvre de lignes fortes du Pape. Lorsqu’il invite les chrétiens à faire de l’Église une maison sûre, les évêques peuvent tout à fait s’organiser collectivement sur un territoire pour organiser les contrôles, les accompagnements et le lien avec la presse.

Le nouveau président de la CEF

En France, le président de la conférence des évêques est élu pour un mandat de 3 ans renouvelable une fois. Le rôle du président n’est « pas un rôle d’autorité », mais plutôt une fonction de garantir l’unité de la conférence. Le président sortant est Eric de Moulins-Beaufort, archev. de Reims. Ayant fait deux mandats, il savait qu’il ne serait pas réélu.

Ses mandats ont été fortement marqués par la mise au jour des abus et agressions sexuelles commis par des membres de l’Église catholique sur des mineurs et des personnes vulnérables. Une prise de conscience progresse, même si de nombreuses instances pointent du doigt le nombre important de dossiers en cours – montrant par là-même le travail qui reste à faire dans ce domaine. Lors de la conférence de presse du point d’étape de ce mois-ci, Mgr de Moulins-Beaufort a aussi rappelé qu’un des chantiers à venir concerne l’Enseignement catholique et de nombreux établissement où ont eu lieu des violences.

Cependant ce n’est pas le seul dossier important de ces mandats. Rappelons notamment les confinements du Covid-19, et le dialogue étroit avec les autorités de notre pays pour continuer de pouvoir pratiquer en conciliant prudence médicale et liberté de culte. Un autre dossier est bien sûr le dialogue social autour des questions des soins palliatifs et de l’euthanasie, sur lesquelles l’épiscopat français a déjà pris position collectivement.

Mgr Marc Aveline a été élu en moins de 10 minutes, nous révèle le journal La Croix. Il a obtenu la majorité des deux tiers nécessaire. Âgé de 66 ans, il est archevêque de Marseille et cardinal. Il a fait parler de lui dernièrement à deux reprises : lors de la venue du Pape à Marseille puis en Corse.

Très sensible au dialogue interreligieux, il fait partie de la « ceinture rouge » des cardinaux nommés par le pape François sur le pourtour méditerranéen. Pour mieux le connaître je vous invite à vous rendre sur le site du diocèse de Marseille qui propose, à l’occasion du Jubilé de l’espérance, plusieurs projets ambitieux.

Pour aller plus loin :

L’analyse de RCF

Dans le journal La Vie

Dans le journal Le Monde

Sur le site Vatican News

notes :

  1. En France, la laïcité consiste dans le libre exercice de la religion. Dans le sens strict de la loi, l’Etat n’intervient que lorsque cet exercice gêne la vie publique, le respect du droit ou le libre exercice des droits des concitoyens. L’État reconnaît donc les religions en tant qu’associations de citoyens, mais ne reconnaît ni ne se positionne sur les croyances. Il arrive régulièrement que les pouvoirs civils fassent appels aux représentants des grandes religions ou des mouvements philosophiques sur des questions sociétales. ↩︎



Tags :

Avent (8) baptême (15) Bible (49) catholicisme (17) Christ (8) Ecriture (6) Eglise (5) espérance (7) evangile (10) foi (18) fête (7) Jésus (38) lectio divina (16) Luc (5) Marc (6) Marie (13) Matthieu (27) Messe (10) méditation (25) pape (6) Parole de Dieu (6) patristique (5) prière (11) Pâques (5) royaume (6) Saint Augustin (5) vie chrétienne (38) vie spirituelle (5) Vocation (7) évangile (37)

Une question, ou un commentaire ?

← Back

Votre message a été envoyé

Attention
Attention
Attention
Attention !

En savoir plus sur Do u wonder ?

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture