Méditation du dimanche : le Baptême du Seigneur (année C)

Les textes d’aujourd’hui nous ouvrent à la signification de cette fête d’une manière curieuse. La lecture d’Isaïe est comme l’index qui indique ce qui vient. Nous y sommes maintenant habitués : la première lecture redit la promesse de Dieu accomplie dans l’Évangile. Mais l’évangile justement, donne à voir le dernier prophète, Jean le Baptiste. Il donne aussi à voir Jésus qui se fait baptiser, image prophétique s’il en est.

Entrer dans l’évangile du jour

Est-ce que vraiment les auteurs avaient tout ça en tête ?

Pour entrer dans ce texte, vous pouvez commencer par le recopier soigneusement à la main. Puis, prenez des crayons de couleur pour souligner les verbes d’action, repérer les différents personnages, les répétitions, les références à l’Ancien Testament.

Ce travail préparatoire un peu aride nous aide à plonger dans le texte pour assurer notre interprétation. Plus je suis proche du texte, plus je suis assurée de ne pas plaquer mes idées ou mes attentes. Ainsi, je permets au texte de me parler et je rentre dans une écoute de plus en plus ajustée. Comme tout investissement, le temps passé à labourer le texte sera sans commune mesure avec la fécondité pour ma vie.

En voyant la construction du texte et les méthodes d’interprétations, nous pouvons nous demander si les auteurs avaient vraiment tout cela en tête ! Ont-ils construits leur texte consciemment, en se disant qu’on pourrait l’interpréter avec tous ces détails ?

Pour répondre à cette question, il faut considérer deux aspects. Le premier, le plus proche de nous, est effectivement cette question de la construction du texte. J’ai récemment vu passer sur les RS un fac simile de Dostoïevski dans l’écriture d’un de ses romans. La page est couverte de notes, de ratures, de flèches : l’auteur a fait un immense travail pour que ses phrases soient les plus précises possibles, afin de conduire le lecteur. Il poursuit un double objectif : l’esthétique littéraire, qui passe par la précision du vocabulaire et des règles de grammaires tout autant que par les figures de styles; et l’expression la plus fine possible de sa pensée, de sa vision des personnages et de l’intrigue.

Nous mêmes, nous en faisons l’expérience. Selon nos tempéraments, avant ou après une conversation importante, nous faisons en nous le dialogue intérieur « si je lui dis ceci, il/elle va me répondre cela, je ferais mieux de ne pas dire cela tout de suite » ou bien « ah si j’avais pu lui répondre ça ! » etc. Nous faisons et défaisons nos paroles pour qu’elles soient entendues et qu’elles restent au plus près de ce que nous disons. L’Église ne dit pas autre chose de l’Écriture. Elle a été composée avec soin par des hommes dont la culture et le langage sont très éloignés des nôtres. Mais il nous faut, à travers la matérialité de l’Écriture, chercher et recevoir la Parole divine.

Cependant, puisque Dieu, dans la Sainte Écriture, a parlé par des hommes à la manière des hommes [22], il faut que l’interprète de la Sainte Écriture, pour voir clairement ce que Dieu lui-même a voulu nous communiquer, cherche avec attention ce que les hagiographes ont vraiment voulu dire et ce qu’il a plu à Dieu de faire passer par leurs paroles. Pour découvrir l’intention des hagiographes, on doit, entre autres choses, considérer aussi les « genres littéraires ». Car c’est de façon bien différente que la vérité se propose et s’exprime en des textes diversement historiques, ou prophétiques, ou poétiques, ou même en d’autres genres d’expression. Il faut, en conséquence, que l’interprète cherche le sens que l’hagiographe, en des circonstances déterminées, dans les conditions de son temps et de sa culture, employant les genres littéraires alors en usage, entendait exprimer et a, de fait, exprimé [23]. En effet, pour vraiment découvrir ce que l’auteur sacré a voulu affirmer par écrit, il faut faire minutieusement attention soit aux manières natives de sentir, de parler ou de raconter courantes au temps de l’hagiographe, soit à celles qu’on utilisait à cette époque dans les rapports humains [24]. Cependant, puisque la Sainte Écriture doit être lue et interprétée à la lumière du même Esprit que celui qui la fit rédiger [25], il ne faut pas, pour découvrir exactement le sens des textes sacrés, porter une moindre attention au contenu et à l’unité de toute l’Écriture, eu égard à la Tradition vivante de toute l’Église et à l’analogie de la foi. Il appartient aux exégètes de s’efforcer, suivant ces règles, de pénétrer et d’exposer plus profondément le sens de la Sainte Écriture, afin que, par leurs études en quelque sorte préalables, mûrisse le jugement de l’Église. Car tout ce qui concerne la manière d’interpréter l’Écriture est finalement soumis au jugement de l’Église, qui exerce le ministère et le mandat divinement reçus de garder la Parole de Dieu et de l’interpréter [26].

Cette longue citation est issue d’un texte très important, la Constitution dogmatique sur la Révélation (n°12). Ne passons pas trop vite, c’est dans ce type de texte que nous trouvons les critères de lecture de la Bible. C’est donc là aussi que nous trouvons l’assurance dans nos interprétations. Souvent, nous laissons de côté les textes de la Bible que nous ne comprenons pas ou bien ceux dont l’interprétation nous gêne. Plus nous apprenons à lire, plus nous creusons le texte, plus nous apprenons aussi à nous y repérer. C’est tout à fait analogue à nos relations : faisons connaissance avec la Bible, pour entendre Celui que nous cherchons.

L’évangile du jour : un texte construit

Cet évangile est construit en deux parties qui se font écho.

On peut remarquer la double mention du peuple et la double mention de l’Esprit Saint. Tout le texte est aussi articulé autour de deux axes : le baptême et l’identité du Christ. II y a cette double confession : celle de Jean qui confesse sa dignité et sa puissance (autant dire : sa royauté) et celle du Père. Le texte cite pour cela deux références de l’Ancien Testament. Le Psaume 2 est une parole divine adressée au Messie-Roi, tandis que la citation d’Isaïe est aussi une parole divine, mais cette fois qui parle du Messie comme Serviteur1.

La liturgie de la Messe vient compléter cette lecture. Dans la Préface (cette belle prière qui précède le Sanctus), les prêtres ont dit :

Vraiment, il est juste et bon, pour ta gloire et notre salut, de t’offrir notre action de grâce, toujours et en tout lieu, Seigneur, Père très saint, Dieu éternel et tout-puissant. Dans les eaux du Jourdain, tu as préfiguré par d’admirables mystères le baptême nouveau. Une voix venue du ciel atteste que ton Verbe habite parmi les hommes. Par l’Esprit descendu sous l’aspect d’une colombe, le Christ, ton Serviteur, reçoit l’onction d’allégresse : il est reconnu comme le messager de la Bonne Nouvelle aux pauvres. C’est pourquoi, avec les puissances des cieux, nous pouvons te bénir sur la terre et t’adorer sans fin en proclamant : …

En effet, le peuple attend un Messie. Le texte nous le dit dès le premier verset, avec cette référence à Is 63 (et non 64) où le peuple crie vers Dieu en l’appelant Père : « Ah si tu déchirais les cieux, si tu descendais… » Ce texte nous raconte l’ébranlement de toute la création : le ciel, l’eau, les animaux par la colombe, le genre humain… C’est tout l’univers qui accueille en son sein la présence divine par cet humble serviteur de Dieu qui vient, du milieu du peuple, se faire baptiser.

Le baptême du Christ et notre baptême

Mais alors, si Jésus est le Verbe incarné, pourquoi se fait-il baptiser ?

Je vous propose un petit exercice spirituel. Comme nous l’avions déjà proposé à plusieurs reprises, entrez maintenant dans le texte avec votre imagination. Regardons la scène : nous sommes au bord du fleuve, mais n’allons pas trop vite nous imaginer un torrent clair de montagne ! Il s’agit plus probablement ici d’un lieu où l’eau est un peu boueuse.

Nous pouvons en effet nous dire que si le Christ vient dans l’univers visible, il vient aussi dans notre univers personnel – si j’ose dire ! Il vient dans mon monde, dans mon quotidien, dans ma vie. Et comme dans le texte, il consent à descendre encore pour entrer dans ce qui n’est pas très glorieux. Lui qui est la Vérité et la Vie, il vient dans un fleuve boueux. Il vient dans le fleuve qui charrie mes pensées, mes manquements et les conséquences de mes mauvaises décisions. Comme Jean, laissons-le descendre, car c’est ainsi que nous pouvons nous laisser sauver par lui.

Le Baptême du Christ est en fait la préfiguration du Mystère Pascal. C’est-à-dire que ce qui est vécu symboliquement dans cette descente puis cette remontée du fleuve est ce qui sera vécu dans la mort et sa résurrection de Jésus. Préfiguration, mais déjà accomplissement du Salut, car il y a là un consentement du Christ à ce qui va se passer : comme il ressort plus sale de l’eau boueuse qu’il n’y est entré, Jésus va descendre dans nos souffrances et nos péchés pour s’en revêtir et l’emporter dans la mort.

Ainsi, Jésus nous ouvre les portes du Ciel.

Le ciel ne s’ouvre pas seulement dans un seul sens pour laisser passer une parole divine. Il est définitivement ouvert par la puissance du Christ qui consent à endosser le mal que subit l’humanité.

Nous pouvons nous engouffrer à sa suite ! C’est tout le sens du baptême chrétien : nous plongeons dans une eau qui a été purifiée par le Christ, symbolisant ce qui se passe vraiment pour notre existence. Nous sommes lavés, sauvés, incorporés au Christ.

Et puisque nous contemplons aujourd’hui Jésus priant et le Père qui lui répond, nous pouvons, pour conclure ce temps de méditation, nous situer dans la scène à cet endroit. Entre ce « simple regard jeté vers le ciel »2 par le Christ, et la parole du Père adjointe à la colombe. Nous sommes rendus présent à la sainte Trinité, considérés assez dignes pour en être témoins.

Notes :

  1. Je ne vais pas plus loin sur ce point. Je vous renvoie à la méditation où j’aborde cette question de l’onction du Messie. ↩︎
  2. cette expression vient de Sainte Thérèse de L’Enfant Jésus qui définit ainsi la prière. ↩︎



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