Méditation pour le 3e dimanche de l’avent – année C.

Les deux première lectures de ce jours sont assez explicite. Je voudrais m’attarder sur la figure de Jean-Baptiste, qui nous est présentée en ce 3e dimanche de l’Avent.

Pour cela, je m’appuierai sur l’évangile d’aujourd’hui, et sur un livre1 très riche de Jean-Noël Aletti (sj), bibliste. Sa méthode rigoureuse permet d’entrer dans le texte en tenant compte à la fois du contexte d’écriture, de l’interprétation des références à l’Ancien Testament et de la construction littéraire. Cela change de méthode par rapport à ce que nous avons déjà proposé certains dimanches. Il me semble que cela pourra enrichir notre capacité à recevoir l’Écriture pour ce qu’elle est : une Parole de Dieu pour nous aujourd’hui.

Jean : un prophète typique ?

Luc reprend les caractéristiques classiques des figures prophétiques

Les grands prophètes de l’Ancien Testament présentent quelques traits communs. Tout d’abord c’est Dieu qui a l’initiative de leur mission (Is 6) ; ensuite, ils portent une parole de conversion (Am 5) ; enfin, ils sont persécutés, parfois à mort (Jr 15).

Luc s’attache à ces caractéristiques. La naissance de Jean-Baptiste est le fruit de la miséricorde de Dieu (Lc 1, 15-17) qui prévient déjà ses parents de sa vocation prophétique. Mais son autorité sur ses auditeurs vient de sa rectitude de vie et de sa science. (Il sait que le Messie est proche, il le connaît et peut le décrire).

Jean-Baptiste prêche un baptême de conversion, comme nous le voyons dans le récit évangélique proposé aujourd’hui.

Enfin, Jean-Baptiste meurt décapité pour avoir dénoncé un comportement immoral.

Mais Jean a une vocation particulière

Mais deux points différencient Jean des autres prophètes, car il est le précurseur du Messie.

Dans les versets qui précèdent la péricope d’aujourd’hui2, Luc rattache explicitement le ministère de Jean-Baptiste aux prophéties de l’Ancien Testament.

L’an quinze du règne de l’empereur Tibère, Ponce Pilate étant gouverneur de la Judée, Hérode étant alors au pouvoir en Galilée, son frère Philippe dans le pays d’Iturée et de Traconitide, Lysanias en Abilène, les grands prêtres étant Hanne et Caïphe, la parole de Dieu fut adressée dans le désert à Jean, le fils de Zacharie.

Il parcourut toute la région du Jourdain, en proclamant un baptême de conversion pour le pardon des péchés, comme il est écrit dans le livre des oracles d’Isaïe, le prophète : Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers. Tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées ; les passages tortueux deviendront droits, les chemins rocailleux seront aplanis ; et tout être vivant verra le salut de Dieu.

Ainsi, Jean-Baptiste est d’emblée annoncé comme précurseur du Seigneur3 . C’est la raison pour laquelle, à la différence des autres prophètes, il n’est pas seulement médiateur entre Dieu et les hommes. Il est aussi en relation avec « Celui qui doit venir ». Comme toute vocation prophétique, mais peut-être d’une manière encore plus forte, sa vocation est donc paradoxale. Il doit parler fort (« voix qui crie » !) pour annoncer le Messie, mais il doit s’effacer pour le laisser passer devant lui.

Pour décrire ce Messie qui doit venir, Jean utilise donc la comparaison. (NB Ici, nous pouvons, nous aussi, nous mettre à son écoute en ce temps de l’Avent pour mieux comprendre qui est Celui que nous attendons à Noël.) Non seulement Jean dit que le Messie annoncé est plus fort, mais il prend une comparaison très claire pour ses auditeurs. En effet, lorsqu’un personnage important arrivait quelque part, un esclave dénouait ses sandales pour lui laver les pieds. Si Jean dit qu’il ne peut pas dénouer ses sandales, c’est qu’il n’est même pas assez digne d’être son esclave. Ce procédé permet aux auditeurs de comprendre que le Messie annoncé n’est pas seulement un homme plus fort ou plus méritant, mais que sa dignité vient de plus haut.

L’autre point annoncé par Jean est la royauté du Messie. L’image de la pelle à vanner est aussi très claire. Lorsqu’on vanne le blé, cela consiste à séparer la bale, cette pellicule de paille qui enveloppe le grain de blé. D’un côté, le grain, c’est-à-dire le fruit, promesse de nourriture et d’une pousse nouvelle ; de l’autre, une pellicule morte, cassante et qui aveugle les yeux. Pour vanner le grain, cela se fait grâce au vent produit par le geste du vanneur. Il projette le grain en l’air et par ce mouvement qu’il donne à l’air, il fait voleter la paille pour recueillir les grains.

Trier le bon grain de ce qui ne portera plus de fruit est un acte de jugement (trier, discerner et juger sont le même verbe en grec, qui a aussi donné le mot « critère »). Le Messie a donc une autorité royale. Pour nous, ce point peut être important, car il explique pourquoi Jean insiste tant sur la conversion et la mise en pratique de la justice. Quand le Messie viendra, il sera à même de juger chacun selon ce qu’il a fait. Ainsi, l’évangéliste met aussi dans la bouche du Baptiste l’annonce de la divinité du Messie, car cette autorité de jugement n’est attribuée qu’à Dieu dans l’Ancien Testament. L’évangile d’aujourd’hui nous appelle donc à prendre très au sérieux la venue du Fils de Dieu parmi les hommes et à corriger notre comportement, notamment vis-à-vis des autres.

Le baptême de conversion, qu’est-ce que c’est ?

Baptême dans l’eau – baptême dans l’Esprit Saint

Le baptême est une pratique religieuse antérieure à la religion chrétienne. Il s’agit tout simplement d’un plongeon (cf. sens du mot en grec) symbolique. Ce geste était pratiqué dans plusieurs mouvements de l’antiquité juive, notamment chez les esséniens. Hors, dans la Bible, l’eau représente notamment la mort : sortir de l’eau est donc le symbole d’une nouvelle vie, ou du moins d’une vie qui sera vécue différemment : c’est le symbole d’une conversion. En ce sens, le baptême chrétien contient cette dimension de conversion, même s’il la dépasse. On dira qu’il l’accomplit : il en assume toute la signification mais lui apporte une nouveauté radicale, qui est l’effective plongée dans la mort et la résurrection du Christ. Ainsi, le baptême dans le Christ n’est pas seulement un baptême dans l’eau (conversion), mais un baptême dans l’Esprit Saint (divinisation).

L’intention ne suffit pas

Trois types de personnes viennent poser à Jean la même question4. A chaque fois, Jean leur dit la même chose : pratiquez la justice. Cette justice ne consiste pas seulement à ne pas faire du tort à son prochain. Dans la cour de récréation du collège, je suis frappée de voir que certains élèves, heurtés, n’entendent pour excuse que « j’ai pas fait exprès ». S’il n’y a pas d’intention de faire le mal, la justice est minimale. Mais l’Écriture nous appelle à « aimer notre prochain comme nous-même ». C’est pourquoi Jean insiste dès sa première intervention :

En ce temps-là, les foules qui venaient se faire baptiser par Jean lui demandaient :
« Que devons-nous faire ? »
Jean leur répondait :
« Celui qui a deux vêtements, qu’il partage avec celui qui n’en a pas ; et celui qui a de quoi manger, qu’il fasse de même ! »

L’image de la pelle à vanner nous invite à bien considérer cette exigence. Jean-Baptiste ne parle pas de « bonnes intentions », mais d’actes authentiques et, pour ainsi dire, mesurables. La justice est finalement ce qui me permet de juger, en conscience, si mes intentions sont droites et si j’aime effectivement mon prochain. Cette rude objectivité n’est pas toujours facile à regarder en face. Il en va pourtant de l’authenticité de notre vie chrétienne.

Conclusion

Alors que les trois premiers passages de l’Écriture nous emmenaient dans une douce joie, Jean-Baptiste arrive avec tout ce qu’il y a en lui d’ascèse, d’exigence – de rugosité. La liturgie a-t-elle décidé de souffler le chaud et le froid ? Pas le moins du monde, évidemment ! Mais l’Église, mater et magistra, ne veut pas nous mentir en nous présentant un grand soir qui arriverait pas magie comme au pied du sapin. Accueillir l’Enfant dans la crèche de notre cœur demande de se préparer activement, avec lucidité et courage. Cette conversion est rendue possible par la foi dans la proximité de Dieu (1ère et 2ème lectures) qui vient pour régner, c’est-à-dire apporter la paix.

Lecture du livre du prophète Sophonie

Pousse des cris de joie, fille de Sion !
Éclate en ovations, Israël !
Réjouis-toi, de tout ton cœur bondis de joie,
fille de Jérusalem !
    Le Seigneur a levé les sentences qui pesaient sur toi,
il a écarté tes ennemis.
Le roi d’Israël, le Seigneur, est en toi.
Tu n’as plus à craindre le malheur.

    Ce jour-là, on dira à Jérusalem :
« Ne crains pas, Sion !
Ne laisse pas tes mains défaillir !
    Le Seigneur ton Dieu est en toi,
c’est lui, le héros qui apporte le salut.
Il aura en toi sa joie et son allégresse,
il te renouvellera par son amour ;
il exultera pour toi et se réjouira,
    comme aux jours de fête. »

    – Parole du Seigneur.

notes :

  1. ALETTI, J.N., L’évangile selon Saint Luc, commentaire, Bruxelles, éd. Lessius, coll. le livre et le rouleau, 737 p. ↩︎
  2. Une péricope est un passage de l’évangile, souvent délimité par une cohérence de récit (début, déroulement, fin) ou par une démonstration. ↩︎
  3. En grec, kyrios est l’équivalent de dominus en latin : le maître, le seigneur. On retrouve d’ailleurs ce terme dans l’invocation de la messe kyrie eleison – Seigneur, prends pitié. ↩︎
  4. on retrouvera notamment cette question adressée aux Apôtre après la Pentecôte (Ac 2). Luc exprime ainsi que cet événement est le baptême dans l’Esprit Saint qu’il avait annoncé. ↩︎

2 réponses à « « Que devons-nous faire ? – Soyez dans la joie ! » »

  1. Avatar de stellare002b00b93
    stellare002b00b93

    Merci pour cette notion de justice minimale et justice maximale

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  2. Avatar de stellare002b00b93
    stellare002b00b93

    Passionnant

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