Méditation pour le 1er dimanche de l’avent, année C.
Cette rengaine bretonne vous restera-t-elle dans la tête toute la journée ? Voici ce qu’elle dit : « c’est dans 10 ans, je m’en irai. J’entends le loup et le renard chanter (bis). J’entends le loup, le renard et la belette, j’entends le loup et le renard chanter ! Puis, de couplet en couplet, on enlève un an : c’est dans neuf ans, je m’en irai… » etc. Et voilà : tant que les prédateurs chantent, tu peux rester ! Mais si tu ne les entends plus, prend garde car ils sont en chasse. Vigilance face au danger, est-ce de cela dont il est question dans les lectures d’aujourd’hui ?
Pourtant les lectures ne semblent pas si différentes des jours précédents : catastrophes en tous genres, invitations à la vigilance… En quoi ce jour est-il différent ? En quoi les lectures nous orientent-elles ?
Je ne vais pas les prendre dans l’ordre liturgique, car il me semble que l’évangile et la première lecture ont été bien assortis, et qu’ils mettent en valeur la deuxième lecture. Apparemment le post est un peu long. Ne craignez pas ! J’ai simplement intégré le texte intégral des lectures commentées.
Lecture du livre du prophète Jérémie
Voici venir des jours – oracle du Seigneur – où j’accomplirai la parole de bonheur que j’ai adressée à la maison d’Israël et à la maison de Juda : En ces jours-là, en ce temps-là, je ferai germer pour David un Germe de justice, et il exercera dans le pays le droit et la justice.
En ces jours-là, Juda sera sauvé, Jérusalem habitera en sécurité, et voici comment on la nommera : « Le-Seigneur-est-notre-justice. »– Parole du Seigneur.
Une parole de Dieu
Ce texte poétique est parole de Dieu pour nous aujourd’hui. Pourtant, nous pouvons le recevoir de diverses manières. Les promesses et les grands soirs sont-ils encore de mise dans une époque comme la nôtre ? Combien de fois n’avons-nous pas été comme les disciples d’Emmaüs : « et nous qui espérions » ou comme Marthe et sa soeur Marie « Si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort ». Si nous nous arrêtons quelques instants, n’avons-nous pas cette petite amertume, ce doute qui flotte, ce « qui vivra verra » désabusé ?

En recevant ce texte, nous pouvons pourtant affirmer qu’il ne s’agit pas d’une parole d’homme. Il s’agit de Dieu qui nous parle et qui nous promet. En ce début de l’année liturgique, nous pouvons prendre un temps à l’écart, sans bruit et sans notifications, et poser un acte de foi en Dieu qui tient toujours ses promesses.
Et voici pourquoi nous ne cessons de rendre grâce à Dieu : quand vous avez reçu la parole de Dieu que nous vous faisions entendre, vous l’avez accueillie pour ce qu’elle est réellement, non pas une parole d’hommes, mais la parole de Dieu qui est à l’œuvre en vous, les croyants. (1 Th 2, 13)
Bonheur, sécurité, justice
Telles sont les promesses de Dieu annoncées dans ce texte. Elles reprennent, à la manière biblique, tout ce pour quoi nous sommes faits, tout ce dont nous avons besoin. Les psychologues nous diraient que ce texte intègre tous les étages de la pyramide de Maslow (même si cette pyramide ne dit rien de la ressemblance divine de la personne). Autrement dit : Dieu prend soin de nous. Il ne veut pas qu’une seule partie de nous soit privée de ce pour quoi elle est faite : le bonheur.
Je vais encore une fois parler de mes élèves, mais quelle n’est pas leur surprise lorsque je dis que notre corps est fait pour le plaisir ! Oui : nos yeux ont pour vocation de voir, nos oreilles sont faites pour entendre, et Dieu sait comme nous avons envie de fuir lorsque les sons dissonent ou sont trop puissants ! Cette fuite est une réaction bien naturelle, car nous ne sommes pas fait pour la dissonance ou l’agression – fut-elle auditive. Nous sommes fait pour le bonheur, la douceur et l’harmonie. Nous aspirons à cette sécurité pour notre vie, à cette justice dans nos relations, à ce bonheur pour toujours. Dieu lui même nous a créé pour cela, et rien ne pourra le détourner de son projet : nous donner le bonheur. N
Nous le savons bien, nous qui cherchons activement quels cadeaux de #Noël offrir à nos proches : savon-qui-sent-bon, pull-tout-doux, joli-cadre, abonnement à une appli de musique : faire plaisir à quelqu’un, c’est lui offrir de la beauté pour ses 5 sens mais surtout, de l’attention. Nos cadeaux sont un langage qui dit : « Ce que tu es est un cadeau pour moi, et voici ce que j’apprécie / je te connais et je pense que cela te fera plaisir ». Nous nous effaçons derrière notre cadeau, pour laisser à l’autre la joie de le savourer à plein.
Dieu nous offre sans cesse des cadeaux. Il lui arrive même de s’effacer, au point que nous percevons davantage le plaisir de ce que nous avons reçu que la joie de cette relation avec l’Amour infini. Prier avec cette lecture est peut-être aussi l’occasion de lui exprimer notre reconnaissance, et de chercher, pour lui aussi, ce que nous allons offrir à Noël.
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc
Alléluia. Alléluia.
Fais-nous voir, Seigneur, ton amour,
et donne-nous ton salut.
Alléluia. (Ps 84, 8)
En ce temps-là, Jésus parlait à ses disciples de sa venue :
« Il y aura des signes dans le soleil, la lune et les étoiles. Sur terre, les nations seront affolées et désemparées par le fracas de la mer et des flots.
Les hommes mourront de peur dans l’attente de ce qui doit arriver au monde, car les puissances des cieux seront ébranlées. Alors, on verra le Fils de l’homme venir dans une nuée, avec puissance et grande gloire.Quand ces événements commenceront, redressez-vous et relevez la tête, car votre rédemption approche.
Tenez-vous sur vos gardes, de crainte que votre cœur ne s’alourdisse dans les beuveries, l’ivresse et les soucis de la vie, et que ce jour-là ne tombe sur vous à l’improviste comme un filet ; il s’abattra, en effet, sur tous les habitants de la terre entière.
Restez éveillés et priez en tout temps : ainsi vous aurez la force d’échapper à tout ce qui doit arriver, et de vous tenir debout devant le Fils de l’homme. »– Acclamons la Parole de Dieu.
Je le répète, l’évangile et la première lecture sont assortis. Pourtant, nulle trace ici de bonheur, de sécurité et de justice. Nous sommes un peu comme ces enfants qui ont pris de l’eau fraîche dans les mains et qui la voient s’écouler. Il ne reste plus que peur, désarroi, filet qui s’abat, fracas de la mer et signes cosmiques. Nous voilà plombés. Pourtant, comme pour la première lecture, il nous faut recevoir cette parole comme venant de Dieu, et donc, aussi, comme promesse d’un avènement de paix et de vie pour nous et pour le monde.
Quand on regarde le texte et sa disposition sur la page, une phrase apparaît au centre : « Quand ces événements commenceront, redressez-vous et relevez la tête, car votre rédemption approche ». Puis, la fin du texte nous donne une clé d’interprétation morale1 : « Restez éveillés et priez en tout temps : ainsi vous aurez la force d’échapper à tout ce qui doit arriver (…) ». J’en tire deux points.
Je suis responsable de mes actes
Ce texte fait donc explicitement un lien entre notre salut et nos actes. C’est par notre patience et notre persévérance, que nous pourrons marcher la tête haute, sans craindre de subir les conséquences de ces cataclysmes. Je ne reprends pas ce sujet que j’ai déjà traité par ailleurs, mais souvenons-nous du 100% – 100% : mon salut n’est pas le fruit d’un contrat fifty-fifty avec le Bon Dieu. Il me donne tout (parce qu’il est Dieu ! Il ne peut pas faire autrement), et en même temps je m’engage totalement, car il s’agit là aussi d’un don, qui n’est plus un don s’il n’est pas entier, et gratuit.
Les textes d’aujourd’hui nous font relever la texte en fixant notre regard sur l’objectif : la communion avec Dieu. C’est pour cela que nous marchons. Je vous renvoie à la méditation avec l’image de la salle de musculation.

La jument de Michao et son petit poulain
Nous en faisons l’expérience et nous y sommes nous-mêmes confrontés : la question de l’origine du mal est mystérieuse. Pourtant, nous avons dans cet évangile un indice. Le filet doit s’abattre sur tous les habitants de la terre entière. Et pourtant, par nos choix nous pouvons y échapper.
Ecoutons Saint Paul : (Rm 8)
J’estime, en effet, qu’il n’y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire qui va être révélée pour nous. En effet, la création attend avec impatience la révélation des fils de Dieu. Car la création a été soumise au pouvoir du néant, non pas de son plein gré, mais à cause de celui qui l’a livrée à ce pouvoir. Pourtant, elle a gardé l’espérance d’être, elle aussi, libérée de l’esclavage de la dégradation, pour connaître la liberté de la gloire donnée aux enfants de Dieu.
Nous le savons bien, la création tout entière gémit, elle passe par les douleurs d’un enfantement qui dure encore. Et elle n’est pas seule. Nous aussi, en nous-mêmes, nous gémissons ; nous avons commencé à recevoir l’Esprit Saint, mais nous attendons notre adoption et la rédemption de notre corps. Car nous avons été sauvés, mais c’est en espérance (…).
Dans ce texte, Paul nous montre le lien entre le péché et le désordre de la création. Il parle d’esclavage et de dégradation, mais pour mieux dire, avec l’image de la libération qui parle si bien aux juifs, ce qu’est le Salut apporté par Dieu.
Il parle aussi de notre salut. Ici, l’accent est mis davantage sur le don de l’Esprit et le 100% de la grâce. Peut-être que cette insistance a pour but de nous faire mesurer combien ce combat nous intègre et nous dépasse. En tous cas, ces quelques lignes nous disent la solidarité profonde qui existe entre nous et la création. Collectivement et personnellement, je suis une créature, appelée à vivre dans ce monde en désordre, pour y collaborer à la libération promise. Il ne peut donc être question de beuverie et de désordre dans ma vie, sans quoi je serai voué(e) à m’en repentir, comme la jument.

La suite de la chanson raconte en effet l’histoire d’une jument qui rentre avec son poulain dans le pré. Ils « ont mangé tout le foin : L’hiver viendra – les gars l’hiver viendra, la jument de Michao elle s’en repentira ! ». Elle se retrouve un peu comme la cigale de la fable, qui doit composer avec les conséquences de ses choix.
Dans ces lectures, Dieu nous redit sans cesse les mots du premier jour. Nous avons une responsabilité, et l’Avent est un moment privilégié pour nous le rappeler.
« Soyez féconds et multipliez-vous, remplissez la terre et soumettez-la. Soyez les maîtres des poissons de la mer, des oiseaux du ciel, et de tous les animaux qui vont et viennent sur la terre. » (Gn 1, 28)
Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Thessaloniciens
Frères,
que le Seigneur vous donne, entre vous et à l’égard de tous les hommes, un amour de plus en plus intense et débordant, comme celui que nous avons pour vous. Et qu’ainsi il affermisse vos cœurs, les rendant irréprochables en sainteté devant Dieu notre Père, lors de la venue de notre Seigneur Jésus avec tous les saints. Amen.Pour le reste, frères, vous avez appris de nous comment il faut vous conduire pour plaire à Dieu ; et c’est ainsi que vous vous conduisez déjà. Faites donc de nouveaux progrès, nous vous le demandons, oui, nous vous en prions dans le Seigneur Jésus.
Vous savez bien quelles instructions nous vous avons données de la part du Seigneur Jésus.
– Parole du Seigneur.
Ce texte est assez simple : Une prière demandant à Dieu la grâce de la charité pour ses lecteurs, puis une première exhortation et un encouragement, le tout assorti d’un rappel, car ce sont des sujets récurrents chez Paul. Sans doute a-t-il aussi donné ces indications dans ses prédications à Thessalonique.
Ce texte est bien liés aux deux autres, car il fixe encore notre regard sur la venue du Christ et nous appelle, pour ce moment, à être irréprochables. Je note que le critère de cette perfection est précisé « en sainteté ». Je note aussi la triple répétition de l’expression « Seigneur Jésus », qui scande chaque phrase. Paul reproduit ainsi dans le texte ce que la liturgie nous invite à faire : ne pas quitter le Seigneur Jésus des yeux, comme on fixe une ligne quand on apprend à faire du vélo… ou comme on s’équilibre en regardant l’horizon quand on a le mal de mer.
Ici, il ne s’agit pas tant de faire des efforts que de rester enraciné dans cette grâce. Elle produit des fruits en faisant croître l’amour, mais aussi en affermissant notre cœur. Cette belle expression renvoie à ce qui, en nous, constitue le centre. Je ne saurais trop vous inviter à lire l’encyclique du pape François Dilexit nos. Je vous en cite quelques mots : (nos 4 et 5)
La Bible (…) nous parle ainsi d’un centre, le cœur, qui se trouve derrière toute apparence, même derrière les pensées superficielles qui nous trompent. (…) En même temps, le cœur est le lieu de la sincérité où l’on ne peut ni tromper ni dissimuler. Il renvoie généralement aux véritables intentions d’une personne, ce qu’elle pense, croit et veut vraiment, les “secrets” qu’elle ne dit à personne et, en fin de compte, sa vérité nue. Il s’agit de ce qui est authentique, réel, vraiment “à soi”, ce qui n’est ni apparence ni mensonge.
Mais qu’est-ce que cet « affermissement du cœur » ? Le mot grec n’est pas littéralement celui-là, mais je crois qu’on peut y interpréter ce que les Actes des apôtres présentent comme cette assurance de la foi. On parlera alors de parrhêsia. Elle est un don de l’esprit (ce qui est aussi le cas ici) qui enracine la foi, l’espérance et la charité en Dieu lui-même.

Il ne s’agit donc pas d’un volontarisme janséniste ou à la mode self-made, mais d’une pauvreté spirituelle radical. Dans l’action de grâce et la supplication, le cœur sans cesse tourné vers Dieu, enraciné en lui. Cette disposition apporte un discernement sur le monde et une assurance face aux difficultés, car elles sont traversées dans la foi.
Conclusion
D’une certaine façon, la liturgie nous offre aujourd’hui une catéchèse sur l’espérance. Il n’y aura pas de différence qualitative entre le Royaume promis dans la première lecture et le cœur affermis demandé par Paul dans la deuxième. Mais à travers les désordres de nos histoires personnelles et dans cette création esclave du mal, les prémices de sécurité et de justice sont à aller chercher en Dieu, pour que nous sachions faire advenir ce Royaume, et traverser les épreuves domestiques ou cosmiques qui s’annoncent. C’est bien la définition de l’espérance. Je vous renvoie encore à la lecture de la lettre aux hébreux :
3.06 Mais le Christ, lui, est digne de foi en qualité de Fils à la tête de sa maison ; et nous sommes sa maison, si du moins nous maintenons l’assurance et la fierté de l’espérance.
6.11 Notre désir est que chacun d’entre vous manifeste le même empressement jusqu’à la fin, pour que votre espérance se réalise pleinement ;
6.18 Dieu s’est ainsi engagé doublement de façon irrévocable, et il est impossible que Dieu ait menti. Cela nous encourage fortement, nous qui avons cherché refuge dans l’espérance qui nous était proposée et que nous avons saisie.
6.19 Cette espérance, nous la tenons comme une ancre sûre et solide pour l’âme ; elle entre au-delà du rideau, dans le Sanctuaire
7.19 et, d’autre part, l’introduction d’une espérance meilleure qui nous fait approcher de Dieu.
10.23 Continuons sans fléchir d’affirmer notre espérance, car il est fidèle, celui qui a promis.
Je termine par cette belle définition qui nous ouvre au jubilé proposé par le Pape François : (he 11,1)
La foi est une façon de posséder ce que l’on espère, un moyen de connaître des réalités qu’on ne voit pas.
Bon Avent à tous, dans l’espérance qui ne déçoit pas !
- le terme « moral » désigne tout ce qui a un lien avec notre agir. Par extension, on dira qu’une action n’est pas morale lorsqu’elle n’est pas selon le bien, le vrai et le beau (il faut que les trois marchent ensemble) Comme pour les autres, si ce sujet vous intéresse, n’hésitez pas à liker et à poser vos questions en commentaire ↩︎






2 réponses à « Le loup, le renard et la belette ? »
Merci pour cette belle catéchèse sur l’espérance !
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