Qui suis-je pour venir à la messe ?

Publié par

La messe-S01E02

Deuxième épisode de notre série sur la messe. Qui sommes-nous ? Cette question préalable nous aide à comprendre ce que la liturgie – et la vie de l’Eglise ! – requiert de notre part !

Vous avez dit « Faire corps » ?

(j’emprunte une partie de ces réflexions au Pape François dans sa lettre apostolique sur la formation liturgique du peuple de Dieu1 et à Mgr Lustiger.2 )

La présence de chacun à la messe est à la fois un acte libre et une réponse à l’appel de Dieu. C’est d’ailleurs le sens du mot ekklesia: assemblée de ceux qui sont convoqués. Mgr Lustiger l’affirme avec force : « Nous n’allons pas à la messe pour satisfaire notre sensibilité religieuse, ni parce que nous en avons envie ou besoin tel jour à telle heure. Nous participons à la messe le dimanche (qui commence le samedi soir selon l’antique usage ligurgique) parce que le Seigneur Jésus nous convoque, l’Esprit Saint nous rassemble et Dieu notre Père nous a donnés pour disciples à son Fils ».3

Je laisse la Parole au Pape François dans sa lettre sur la liturgie :

6. Avant notre réponse à son invitation — bien avant ! — il y a son désir pour nous, Nous n’en sommes peut-être même pas conscients, mais chaque fois que nous allons à la Messe, la raison première est que nous sommes attirés par son désir pour nous. De notre côté, la réponse possible — qui est aussi l’ascèse la plus exigeante — est, comme toujours, celle de nous abandonner à son amour, de nous laisser attirer par lui. Vraiment, toute réception de la communion au Corps et au Sang du Christ a déjà été désirée par Lui lors de la Dernière Cène.

St Paul affirme à plusieurs reprise que l’Eglise est un Corps. Cette vérité est reprise dans la Tradition et par toutes les sensibilités. « Nous sommes le Corps du Christ ». (Rm 12,5). Ainsi, nous n’allons pas « assister à la messe », comme on le ferait au théâtre. Il s’agit d’une action dont nous sommes participants.

On peut donc dire que la liturgie est une action « performative », c’est-à-dire que ce qui est symbolisé se réalise vraiment. C’est vrai bien sûr des gestes et des paroles du président de l’assemblée, mais cela est aussi vrai pour nous, les fidèles.

C’est la raison pour laquelle l’Eglise insiste pour que l’assemblée puisse formuler les réponses d’une manière unifiée. C’est aussi pour cela qu’il est bon, pour nous, de nous appliquer à chanter ou à dire tout ce qui nous incombe dans la liturgie.

Fin septembre, j’ai eu la joie de participer à une messe d’ordination. Pendant le chant d’entrée, je me suis tournée naturellement vers les prêtres et les servants qui remontaient l’allée centrale de la belle Basilique de Saint Denis. Certains se tournaient à droite et à gauche pour saluer, d’autres, les mains jointes, fixaient un point devant eux. L’assemblée commentait largement et je faisais le point avec mon voisin : « tiens, le p. untel.! ». Pourtant, la PGMR4 n’indique pas qu’il s’agit de faire le point sur les têtes d’affiches du moment. Il s’agit au contraire, de se rassembler et de signifier, déjà, quelque chose de l’Eucharistie. En venant solennellement du fond de l’Eglise, la procession symbolise le rassemblement de tous les baptisés. Dès les premiers accords de l’orgue, nous nous situons dans cet espace et dans ce temps si particuliers de la liturgie.

Ecoutons le Concile Vatican II dans la Constitution sur la liturgie :

2. En effet, la liturgie, par laquelle, surtout dans le divin sacrifice de l’Eucharistie, «s’exerce l’œuvre de notre rédemption », contribue au plus haut point à ce que les fidèles, en la vivant, expriment et manifestent aux autres le mystère du Christ et la nature authentique de la véritable Église. Car il appartient en propre à celle-ci d’être à la fois humaine et divine, visible et riche de réalités invisibles, fervente dans l’action et adonnée à la contemplation, présente dans le monde et cependant en chemin. Mais de telle sorte qu’en elle ce qui est humain est ordonné et soumis au divin ; ce qui est visible à l’invisible ; ce qui relève de l’action à la contemplation ; et ce qui est présent à la cité future que nous recherchons. Aussi, puisque la liturgie édifie chaque jour ceux qui sont au-dedans pour en faire un temple saint dans le Seigneur, une habitation de Dieu dans l’Esprit, jusqu’à la taille qui convient à la plénitude du Christ, c’est d’une façon admirable qu’elle fortifie leurs énergies pour leur faire proclamer le Christ, et ainsi elle montre l’Église à ceux qui sont dehors comme un signal levé sur les nations, sous lequel les enfants de Dieu dispersés se rassemblent dans l’unité jusqu’à ce qu’il y ait un
seul bercail et un seul pasteur.

Voilà the point, comme disent les anglophones : la messe exprime ce que nous sommes, et elle nous conforme à ce que nous sommes appelés à devenir : le Corps du Christ. Le concile le dit ainsi « elle manifeste et réalise » l’Eglise.

Les ministres et l’assemblée

Alors, si c’est l’assemblée qui célèbre, et non le père untel, pourquoi certains sont-ils habillés différemment, assis à des places différentes, prononcent des paroles ou posent des gestes différents du reste de l’Assemblée ?

Retournons dans la lettre aux Romains. Le chapitre 12 commence par une magnifique exhortation, que je vous invite à reprendre dans un moment de prière, car il y a là le concentré de toute spiritualité laïque – et de toute spiritualité eucharistique :

01 Je vous exhorte donc, frères, par la tendresse de Dieu, à lui présenter votre corps – votre personne tout entière –, en sacrifice vivant, saint, capable de plaire à Dieu : c’est là, pour vous, la juste manière de lui rendre un culte.

Puis il se lance dans une séquence très pédagogique : « Prenons une comparaison : en un corps unique, nous avons plusieurs membres, qui n’ont pas tous la même fonction« . Voilà : si la liturgie exprime ce qu’est l’Eglise, elle doit rendre compte de la diversité des fonctions et des charismes de l’Institution.

Mais attention, elle doit le faire pour manifester l’unité du corps, l’égale dignité des baptisés – bref : rien, dans ces symboles, ne doit ramener notre regard vers des questions de personnes. Tout doit être orienté vers cela : exprimer et réaliser le Corps du Christ dans ce monde.

Les différentes fonctions dans l’action liturgique.

Pour avoir une idée plus précise des différentes fonctions, je vous renvoie à ce magnifique document qu’est la Présentation générale du missel romain (PGMR). Les indications qui y sont données fourmillent de pistes pour que notre participation à l’Eucharistie soit de plus en plus consciente.

Hommes et femmes, baptisés !

Dans ma mission au collège et dans des échanges avec d’autres chrétiens, plusieurs occasions se sont récemment présentées pour échanger sur les « servantes d’assemblée ». (Dans certaines paroisses, il s’agit de proposer aux filles et aux garçons des tâches différentes dans la liturgie.)

Mais si nous avons bien suivi ce que disent les textes fondamentaux, cette discrimination (au sens propre du terme) n’a pas lieu d’être dans la liturgie. Alors : attention, je ne suis pas en train de profiter de ce blog pour manifester en faveur de l’ordination des femmes ! Prenons les choses dans l’ordre (c’est le cas de le dire:))

Les sacrements qui structurent la communauté chrétienne

L’appel universel à la sainteté : le baptême !

Après avoir reçu les sacrements de l’initiation (baptême, Confirmation, Eucharistie), le chrétien s’engage parfois dans une vocation particulière au service de l’Eglise : mariage, ministère pastoral (épiscopat, presbytérat, diaconat) ou vie consacrée. Ces différentes formes d’engagement n’annulent ni n’épuisent l’appel à la sainteté reçu au baptême.

Cette vocation est l’unique vocation chrétienne : c’est la raison pour laquelle tous les baptisés peuvent exercer certains services liturgiques. C’est aussi la raison pour laquelle le pape François a enlevé la discrimination des ministères institués5, et proposé de nouveaux ministères (notamment celui de catéchistes). Si vous avez des questions à ce sujet, n’hésitez pas à commenter pour que nous puissions approfondir ensemble !

Un seul lieu de discrimination : le sacrement de l’ordre.

Le sacrement de l’ordre est réservé aux hommes. De nombreuses voix s’élèvent pour dénoncer ce qui peut sembler une injustice. Pour ma part, je ne suis pas sûre que l’injustice soit dans la discrimination. Je penche plutôt pour un manque de discernement dans les manières d’exercer la charge pastorale. En particulier, cette question m’habite : où est l’altérité dans le gouvernement de l’Eglise ? Comment s’exprime-t-elle ? Le synode nous interpelle et parfois il nous dérange beaucoup. Nous avançons à tâtons sur ces questions qui nous renvoient à notre propre capacité de déléguer, d’écouter ou de soumettre nos opinions à celles des autres.

Mon deuxième point sur ce sujet tient à ce que j’ai dit sur la vocation baptismale. Sommes-nous capables de la présenter comme une fin en soi ? Voilà justement – to my mind – l’intérêt de cette discrimination (au sens propre) : ne pas faire de mélange. Si on ne trouve pas d’autre solution que de cléricaliser les laïcs (et les femmes), c’est que nous sommes sur un constat d’échec non seulement sur la pastorale des vocations, mais aussi sur notre conception de la vie chrétienne. Je pense donc que vouloir l’ordination des femmes n’est pas une mesure assez radicale. Comme pour l’histoire de la lune, du doigt et du fou, ici la question n’est pas dans la discrimination mais dans la conception du pouvoir dans l’Eglise, et dans le fait que l’unique réponse à toutes les questions est spontanément : le prêtre, la paternité du prêtre, la formation des prêtres, le ministère des prêtres, l’équilibre de vie des pr^… ok j’arrête.

Deux exemples de ce schéma culturel bien implanté. Le premier vient de ma propre expérience. Lorsque je faisais des études de théologie, j’ai entendu un nombre incalculable de fois : « mais pour faire quoi – tu veux devenir évêque ? » (suivi d’un sourire plus ou moins narquois, voire condescendant). Le ministère pastoral est-il la seule mission d’Eglise qui nécessite une formation théologique ? Si vous lisez ces lignes et que vous êtes laïc(que), faites attention, faire fonctionner l’intelligence que Dieu vous a donnée peut être prise pour de l’orgueil !

Autre exemple : Pendant une retraite de lycéens, des jeunes me disaient leur difficultés à « trouver leur vocation ». Et ils ajoutaient que la seule qui avait l’air vraiment attirante était la prêtrise – y compris pour les filles. Autrement dit : si je ne suis pas attirée par la vocation du mariage, que me reste-t-il d’intéressant ? Comment vais-je pouvoir me donner pleinement, selon mes compétences et mes dons? Cela m’a profondément interpelée. Ils sont même allés jusqu’à dire que lorsqu’un garçon manifeste une soif spirituelle, immédiatement on lui présente cette voie à l’exclusion des autres. Jamais l’engagement dans le monde n’est pensé comme une vocation, c’est-à-dire comme un appel divin. Notre pastorale des vocation a-t-elle oublié que ma première vocation est de répondre à mon baptême ?

Avant de chercher des pis-allers tels que l’ordination des femmes, peut-être avons-nous un gros travail à faire sur ces sujets. La plus belle vocation, c’est la mienne, parce que c’est moi qui la vit. Comme le dit le poète « personne d’autre que toi ne peut être toi ». L’Eglise – et la liturgie en particulier, sont des lieux de don de soi. Je crois profondément que la liturgie est un des meilleurs lieux pour expérimenter justement que le don de soi ne se vit pas d’abord dans certains gestes ou dans une certaine quantité de services. La messe est un des lieux où chaque baptisé peut, sans limites et sans contraintes, vivre à plein sa réponse à l’appel de Dieu, dans l’amour donné et reçu.

Je conclus en reprenant ce beau texte de Paul (Rm 12, 4-13)

Prenons une comparaison : en un corps unique, nous avons plusieurs membres, qui n’ont pas tous la même fonction ;

05 de même, nous qui sommes plusieurs, nous sommes un seul corps dans le Christ, et membres les uns des autres, chacun pour sa part.

06 Et selon la grâce que Dieu nous a accordée, nous avons reçu des dons qui sont différents. Si c’est le don de prophétie, que ce soit à proportion du message confié ;

07 si c’est le don de servir, que l’on serve ; si l’on est fait pour enseigner, que l’on enseigne ;

08 pour réconforter, que l’on réconforte. Celui qui donne, qu’il soit généreux ; celui qui dirige, qu’il soit empressé ; celui qui pratique la miséricorde, qu’il ait le sourire.

09 Que votre amour soit sans hypocrisie. Fuyez le mal avec horreur, attachez-vous au bien.

10 Soyez unis les uns aux autres par l’affection fraternelle, rivalisez de respect les uns pour les autres.

11 Ne ralentissez pas votre élan, restez dans la ferveur de l’Esprit, servez le Seigneur,

12 ayez la joie de l’espérance, tenez bon dans l’épreuve, soyez assidus à la prière.

13 Partagez avec les fidèles qui sont dans le besoin, pratiquez l’hospitalité avec empressement.

  1. FRANCOIS,Desiderio desideravit, 2022 ↩︎
  2. LUSTIGER, J.-M., La messe, Paris, Bayard, 1988 ↩︎
  3. Lustiger, La messe, op. cité, p. 12 ↩︎
  4. La PGMR ou présentation générale du Missel romain est un texte rassemblant de nombreuses indications sur la manière de célébrer la messe. Elle donne à la fois le sens et les descriptions concrètes permettant aux chrétiens de toutes cultures de vivre l’Eucharistie dans l’Unité. ↩︎
  5. Ces ministères, anciennement étapes dans la formation au diaconat ou au presbytérat, sont en fait essentiels à la vie de l’Eglise. Que ce soit le lectorat ou l’acolytat, ils permettent à des laïcs d’exercer des charges liturgiques et pastorales en communion avec les ministres ordonnés ↩︎



Tags :

Avent (8) baptême (16) Bible (49) catholicisme (17) Christ (8) Ecriture (6) Eglise (5) espérance (7) evangile (10) foi (19) fête (7) Jésus (38) lectio divina (16) Luc (6) Marc (6) Marie (13) Matthieu (27) Messe (10) méditation (25) pape (6) Parole de Dieu (6) patristique (6) prière (11) Pâques (5) royaume (6) Saint Augustin (5) vie chrétienne (39) vie spirituelle (5) Vocation (7) évangile (37)

Une question, ou un commentaire ?

← Retour

Merci pour votre réponse. ✨

En savoir plus sur Do u wonder ?

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture