Méditation du Dimanche : 34 TO, dernier dimanche du temps ordinaire et solennité du Christ, Roi de l’univers.
Le saviez-vous ?
Cette solennité est une tradition assez récente puisqu’elle a été instituée en 1925. Son caractère très politisé a été revu et corrigé par le Concile Vatican II pour célébrer le Christ, non plus dans la dimension temporelle de son règne, mais dans sa dimension à la fois totale, eschatologique1 et de récapitulation. Pour notre méditation, je propose de reprendre ces termes : Christ, Roi de l’Univers.
Le Christ

Ce terme signifie « qui a reçu l’onction ». On en retrouve la même origine dans le chrême, cette huile bénie utilisée dans divers sacrements. On retrouve aussi sa racine dans le mot chrétien (cf. Ac 11, 26).
La médiation dans l’AT
Ce mot grec est en fait la traduction du mot hébreu Messie, qui a la même signification.
Dans l’Ancien Testament, trois types de personnes reçoivent l’onction : le Grand-prêtre, le Roi, et certains prophètes. Or, ces trois fonctions ont un rôle commun : être médiateur entre Dieu et son peuple. Ainsi, dans l’Ancien Testament, la médiation n’est jamais unique. Elle se présente sous trois formes liées entre elles : celle des prophètes qui portent la Parole de Dieu par des paroles ou par des gestes (2 Sa 7-12 ; Is 6-7 ; Ez 1-3 etc.), celle du roi dont il faut « qu’il gouverne son peuple avec justice » (ps 71) et celle du prêtre, chargé d’intercéder pour le peuple et d’offrir les sacrifices d’action de grâce, d’expiation ou ceux qui s’attachent aux célébrations communautaires (Lc 1,8-10).
Pour bien fonctionner, ces médiations devaient collaborer, comme le montre la relation entre David et Samuel. Dans l’évangile d’aujourd’hui, le récit met en lumière le dysfonctionnement du gouvernement du peuple élu. L’auteur fait dire à Pilate : « Ta nation et les grands prêtres t’ont livré à moi : qu’as-tu donc fait ? ». Avec la condamnation de Jésus, il y a une rupture profonde entre le roi est les prêtres qui le livrent à un pouvoir païen. La médiation est divisée, coupée par ce péché.
La figure de David
David occupe une place à part dans l’Ancienne Alliance, et pour plusieurs raisons.
Tout d’abord, il est le roi choisi par Dieu après le rejet de Saül (1 S 15,4). Il est comme le prototype du roi d’Israël, celui qui conduit le peuple selon Dieu. Ensuite, sa royauté prend une dimension sacerdotale : c’est lui qui veille sur l’Arche d’Alliance et certains de ses gestes ont une connotation cultuelle (2 S 6,12). Enfin, c’est avec lui que l’Alliance est renouvelée. Dans ce texte important de 2 S 7, on retrouve de nombreux éléments fondateurs pour le peuple de Dieu – il est à noter que plusieurs de ces éléments sont présents dans le texte de l’Annonciation (Lc 1,26). En ce sens, il est une figure prophétique.

La médiation unique du Christ
Le Christ Prêtre
Avec le Christ, nous avons un Unique Médiateur. Mais le Cardinal Vanhoye précise que « Au Christ, [l’auteur de la lettre aux hébreux] applique trois fois le titre de « médiateur », qu’on ne trouve jamais dans le Pentateuque et seulement une fois dans les autres parties de l’Ancien Testament, mais dans un souhait considéré comme irréalisable2 ».
Comme nous l’avons un peu vu la semaine dernière, la lettre aux hébreux insiste particulièrement sur la dimension sacerdotale de la médiation du Christ. C’est le grand texte du Nouveau Testament sur le sacerdoce du Christ et sa nouveauté radicale. La perspective de son auteur est simple. Face à la multiplication des sacrifices et des actes cultuels de l’Ancienne Alliance, l’offrande du Christ montre son efficacité par son unicité-même.
Le Christ prophète
La prophétie est une fonction essentielle dans l’Ancienne Alliance. Un prophète parle de la part de Dieu : il est donc un enseignant, mais aussi, parfois un contre pouvoir (comme on le voit avec la figure du prophète Jérémie). Jésus est vraiment prophète (Mt 13,57) et cette fonction le protège d’ailleurs ! (cf. Mt 14,05 et 21, 46). Sa dimension prophétique est mise en valeur dans les évangiles Je n’insiste pas car ce n’est pas vraiment le thème du jour, mais vous trouverez sur ce blog une excellente formation sur l’évangile de Matthieu, travaillé par ma chère belle-sœur !
Le Christ Roi
Dans l’homélie de votre curé, vous avez sans doute eu des indications précises sur la particularité de la royauté du Christ. Je voudrais insister sur 3 points – trois fonctions d’un roi.
Exercer la justice
La justice consiste à rendre à chacun selon son dû. Le Roi est donc celui qui veille à ce que la dignité dûe à toute personne soit respectée. On le voit dans le psaume 71 : la royauté consiste à s’occuper des pauvres (idée de dépendance) et des malheureux (idée du mal subi). C’est aussi lui qui punit (Mt 18, 23).
Le Christ est celui a qui le Père a remis cette fonction. Chaque rencontre racontée dans l’évangile est l’occasion pour nous de le contempler exerçant la justice de Dieu : il prend soin des malades, guérit, relève, permet aux exclus de la société de retrouver des relations normales. (Mt 8, 1-4).
Libérer
Si le Roi punit, c’est aussi lui qui peut gracier. On voit bien que ces deux fonctions sont liées : il n’aurait pas le droit de gracier s’il n’avait pas cette fonction de rendre la justice.

En disant que le Christ est roi, nous lui reconnaissons la puissance de faire miséricorde, justement parce qu’il a reçu ce pouvoir de juger. Ainsi, sa miséricorde est « efficace », car elle vient directement de sa légitimité en tant que roi. Il nous remet nos fautes, car il est capable d’en évaluer la gravité. Il est aussi capable de pardonner car il s’est donné lui-même en rançon (1 Tm 2,5-6a) :
« Dieu est unique, unique aussi le médiateur entre dieu et les hommes, le Christ Jésus, homme lui-même, qui s’est livre en rançon pour tous ».
Rassembler : le Christ est Roi de l’Univers
En italien (je l’ai appris ce matin !) le terme « régner » signifie aussi « tenir ensemble ». Cela m’a rappelé le texte de cette antienne de l’Avent :
Ô Roi de l’univers, ô Désiré des nations, pierre angulaire qui joint ensemble l’un et l’autre mur : force de l’homme pétri de limon, viens, Seigneur, viens nous sauver!
Voilà : le Christ est celui qui récapitule, qui rassemble et fait tenir ensemble. Cet aspect est magnifiquement exprimé dans la lettre aux Ephésiens (Eph 1, 3-10):
Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ ! Il nous a bénis et comblés des bénédictions de l’Esprit, au ciel, dans le Christ. Il nous a choisis, dans le Christ, avant la fondation du monde, pour que nous soyons saints, immaculés devant lui, dans l’amour. Il nous a prédestinés à être, pour lui, des fils adoptifs par Jésus, le Christ. Ainsi l’a voulu sa bonté à la louange de gloire de sa grâce, la grâce qu’il nous donne dans le Fils bien-aimé. En lui, par son sang, nous avons la rédemption, le pardon de nos fautes. C’est la richesse de la grâce que Dieu a fait déborder jusqu’à nous en toute sagesse et intelligence. Il nous dévoile ainsi le mystère de sa volonté, selon que sa bonté l’avait prévu dans le Christ : pour mener les temps à leur plénitude, récapituler toutes choses dans le Christ, celles du ciel et celles de la terre.
Les baptisés : prêtres, prophètes… et rois.

Lors du baptême, nous sommes configurés au Christ prêtre, prophète et roi. Avec lui et en lui, nous exerçons une fonction dans le monde, afin que le Règne de Dieu arrive (cf. prière du Notre Père !)
En contemplant les trois aspects de la fonction de Roi, nous comprenons quelque chose de notre vocation baptismale : nous sommes appelés à exercer la justice, à rassembler et à libérer.
Exercer la justice, au quotidien, c’est être capable de nommer le mal, de soutenir ceux qui le subissent. C’est aussi une vertu qui nous invite à « ordonner les réalités temporelles selon Dieu » (LG 31)3.
Libérer est donc le pouvoir royal que nous recevons au baptême : celui de remettre les dettes de ceux qui nous ont offensés.
Rassembler, voilà quelque chose de si simple sur le papier et de si exigeant au quotidien ! Ecouter, chercher des chemins communs, laisser de la place à ce qui est si étrange chez l’autre… Un vrai chemin de sanctification.

La liturgie nous propose un moment fort notre sacerdoce royal : la messe. Avec le pain, nous pouvons offrir (acte sacerdotal) le monde, notre travail et nos joies. Avec le vin, nous pouvons apporter au Christ les situations de détresses, nos frères en difficultés ou nos propres peines. Ainsi nous permettons au Christ de récapituler en lui l’univers qui est à notre portée.
Puis nous sommes envoyés, tabernacles vivants communiant au Christ, vers le monde. C’est alors le temps de l’action où nous exerçons la justice, à sa ressemblance (cf. Gn 1).
Conclusion
En regardant ce que la royauté signifie dans la vie du Christ et dans la nôtre, nous comprenons que cette fonction ne peut pas être séparer du sacerdoce et de la prophétie, car ces trois formes de médiations n’ont qu’un seul moyen : le don de soi. Ce n’est pas un hasard si l’évangile d’aujourd’hui nous donne à contempler le Christ en son acte le plus sacerdotal, le plus royal et le plus prophétique : le sacrifice de lui-même dans sa passion, pour notre libération.
- eschatologique : qui a rapport aux fins dernières de l’homme et de l’histoire. ↩︎
- Albert Vanhoye, La Lettre aux Hébreux : Jésus-Christ, médiateur d’une nouvelle alliance, Desclée, 2002, 234 p. ↩︎
- Je n’insiste pas sur le lien entre autorité et service dans nos relations de travail ou dans la vie ecclésiale. N’hésitez pas à acheter l’excellent ouvrage Il a donné pouvoir à ses serviteurs, qui vient de paraître ! ↩︎





