Méditation du Dimanche, 32 TO.
Comme nous le savons maintenant, l’évangile et la première lecture se font écho. Aujourd’hui, la résonance est très fort avec ce personnage emblématique de la veuve, et la question du don (de farine ou de piécettes). Deux éléments forts qui nous proposent une Parole, de Dieu, pour nous, en ce 10 novembre.
La première lecture est à la fois plus simple à méditer, car il n’y a pas de discours ou de partie didactique, mais seulement un récit. Mais elle est très riche par les nombreux symboles qu’elle contient. A nous de nous laisser nourrir par cette veuve indigente de l’antiquité : à nous d’écouter, encore une fois, ce récit.
La composition de lieu
Nous voici dans une région où la pluie est un lointain souvenir (cf. 1 R 17,1). Les catastrophes climatiques de ces dernières semaines évoquent plutôt le déluge, mais nous pouvons, par les témoignages sans doute entendus, nous représenter le tableau de cette lecture.

Le pays est à sec. Elie marche donc dans un paysage craquelé, ou la végétation est comme en suspens. Qu’entend-t-on sinon le bruit du vent et celui du sable qui s’infiltre partout.
Il arrive à l’entrée d’une ville, et c’est à cet endroit qu’habite celle qu’il cherche : la veuve qui lui avait été indiquée. Nous pouvons nous la représenter par les éléments du texte : elle est penchée pour ramasser du bois. Nous pouvons nous représenter ses vêtements, mais aussi son attitude lorsqu’elle parle à Elie, peut-être l’intonation de sa voix. Car elle n’est pas seulement en train de préparer un feu de cuisine : elle se prépare à mourir. Quels doivent être ses sentiments ? Quelles pensées la traversent ? Elie lui dit de ne pas craindre : qu’a-t-il donc vu dans son attitude ? Quand à Elie, comment est-il ? Il aborde cette femme inconnue et lui demande non seulement du pain, non seulement de l’eau, mais aussi de l’héberger. Mais il vient aussi avec sa foi et la parole de Dieu. Nous pouvons sans peine imaginer qu’il parle avec douceur, dans cette relation à Dieu qui le nourrit (cf. versets précédents) et le soutient.
Je vous propose aussi de regarder les objets qui sont évoqués dans ce texte : le bois est au sol, la farine est dans une jarre, l’huile dans un vase, l’eau dans une cruche. Autant de nourriture vitale, autant de précautions pour la préserver. N’hésitons pas à nous représenter ces objets, leur place dans un coin de la pièce, leur matière, et, si nous nous penchons, le petit reste, au fond, qui annonce la fin. Les contenants ne devaient pas être trop grands, car ils ne sont que deux à la maison et il n’est sans doute pas utile de s’obliger à porter lourd.
Que je mange !
Il est frappant de constater qu’Élie ne parle quasiment qu’à l’impératif : « apporte-moi », « puis », mais aussi « ne crains pas » etc. Bien mieux : chaque fois, il précise que c’est pour lui, pour qu’il boive, qu’il mange – bref : qu’il survive. Nous avons donc la rencontre improbable entre deux affamés, le prophète qui demande, et la veuve qui n’a rien à donner mais qui s’exécute. (!)
L’ancien testament utilise volontiers les images pour demander une plus grande confiance ou pour dire l’importance vitale de la parole de Dieu pour l’homme.
Ce récit ne fait pas exception !
D’une certaine façon, chacun fait ce qu’il a à faire. Elie obéit à Dieu et la veuve obéit aux circonstances : elle trouve le courage d’aller au bout, de préparer une dernière galette pour obéir à cet instinct de survie qui la pousse à sortir de chez elle. Elle continue d’obéir à sa générosité en puisant l’eau et en préparant le pain pour cet hôte imprévu. Tous les deux obéissent, et tous les deux sont soumis à une seule parole : celle de Dieu, par la bouche du prophète.
Ainsi, la parole de Dieu devient plus vitale pour eux trois (je n’oublie pas le fils !) que l’eau, la farine et l’huile. Le prophète devient plus précieux que la jarre, la cruche et le vase. Dans l’écoute de la veuve et dans son obéissance, le peu de confiance qui lui reste et la générosité ressemblent bien à ces deux morceaux de bois.
Trouver le lieu de ma survie
Nous pouvons maintenant entrer un peu plus dans le texte en prenant la place d’un personnage. Pour cela, vous pouvez relire le texte (peut-être pouvez-vous le faire à voix haute ?), puis intérioriser à nouveau en passant par votre imagination. Cette fois-ci, vous voyez le récit par les yeux de la veuve ou du prophète, ou bien par ceux de l’enfant.

Pour cette étape, il ne faut pas hésiter à prendre le temps nécessaire, et surtout à laisser monter en nous ce qui vient : nos émotions, nos questions, nos points de blocage peut-être. Peut-être que la pénurie à venir symbolise pour nous tel ou tel manque de notre vie ? Peut-être, au contraire, serez-vous attiré(e) par ces deux morceaux de bois, désireux de rallumer ou de renforcer de feu qui vous anime ?
Peut-être, finalement, que cette plongée dans l’indigence de ces trois personnes vous permettra de laisser résonner d’une manière nouvelle la parole du prophète ?
Car ainsi parle le Seigneur, Dieu d’Israël :
Jarre de farine point ne s’épuisera,
vase d’huile point ne se videra,
jusqu’au jour où le Seigneur
donnera la pluie pour arroser la terre.

Ou bien, selon les lieux intérieurs où le texte vous aura conduits, peut-être serez-vous conforté(e) dans tel ou tel choix que vous avez fait, car vous reconnaissez qu’il y a là, pour vous, une source où puiser, une jarre où prendre la farine, un lieu où la parole de Dieu vous nourrit et vous abreuve.
Marcher selon ses voies, marcher à sa voix

Car c’est bien de cela qu’il s’agit : comme le prophète et comme la femme, l’Écriture nous invite aujourd’hui à marcher vers le lieu où nous trouverons la nourriture la plus essentielle à notre vie.
Non pas seulement la farine ou l’eau, qui sont les symboles de la nourriture la plus basique et la plus essentielle; non, mais la parole de Dieu qui s’exprime en nous par bien des voies.
La femme l’entend, bien sûr, par la voix et les ordres d’Élie. Mais si elle obéit si docilement, n’est-ce pas aussi parce qu’elle est capable, en elle, de laisser résonner cette parole et d’y reconnaître une autre voix ?
Dans l’évangile, Jésus nous dit que les brebis connaissent la voix du berger (Jn 10,4) et le catéchisme de l’Église catholique (n°1776) nous rappelle un texte du Concile Vatican II dans lequel il est question de choix, de parole et d’obéissance :
Au fond de sa conscience, l’homme découvre la présence d’une loi qu’il ne s’est pas donnée lui-même, mais à laquelle il est tenu d’obéir. Cette voix qui ne cesse de le presser d’aimer et d’accomplir le bien et d’éviter le mal, au moment opportun résonne dans l’intimité de son cœur (…) C’est une loi inscrite par Dieu au cœur de l’homme. La conscience est le centre le plus intime et le plus secret de l’homme, le sanctuaire où il est seul avec Dieu et où sa voix se fait entendre. (GS 16)

Après avoir lu ou écouté cette méditation, nous pouvons prendre un temps de silence pour reprendre ce que nous avons goûté du texte, ce que nous avons compris, ou ce qui nous a interrogé. Il est là, présent en nous, attendant que nous nous avancions vers lui.
Le bonus du jour :
Ce psaume (96) que l’Eglise redit chaque matin, pour se mettre en présence de Dieu:
Aujourd’hui, si vous entendez sa voix,
N’endurcissez pas votre cœur !





