Méditation du dimanche (30 TO)
Les lectures d’aujourd’hui nous entraînent dans des thèmes et des questions très diverses. Je vais laisser de côté la 2e lecture, bien qu’elle soit un texte fondamental, et je la méditerai plus tard, dans le cadre d’un parcours sur la grâce baptismale.
L’évangile d’aujourd’hui est magnifique. Il est facile à imaginer, concret, et en même temps tellement puissant et nourrissant pour notre foi ! Mettons-nous à l’écoute.
Méditer en se représentant le récit

Lorsque Saint Ignace nous fait entrer dans un récit biblique, il nous invite à la composition de lieu. Cela consiste à poser les paysages et les éléments du textes par notre imagination.
Ici, nous sommes sur la route, à l’entrée de la ville de Jéricho. Jésus en sort, justement, entouré d’une grande foule, sans doute bruyante et bigarrée. N’hésitons pas à regarder comme une petite vidéo intérieure : les contours de la ville, la route, le soleil méditerranéen, les couleurs, les bruits, les cris peut-être ! On s’interpelle, on se bouscule un peu, on veut voir, entendre et toucher le Maître.
Le narrateur pose le cadre en une seule phrase, mais dans notre prière, nous pouvons y passer un peu de temps. S’approcher de Jésus par l’imagination est déjà une forme de prière.
Puis tout de suite, le récit se focalise sur une personne. On pourrait dire qu’il zoome sur Bartimée. Nous le voyons assis, au bord du chemin, vulnérable, dépendant de ceux qui passent. Nous pouvons sans peine nous le représenter et imaginer ses traits, lorsqu’il entend dire que c’est Jésus qui passe. Le narrateur nous invite d’ailleurs à entrer dans son monde, et à écouter, nous aussi, ses cris, d’abord, puis la parole de Jésus et celle qui est transmise par les disciples. N’hésitons pas à relire ces paroles, à les laisser résonner en nous, à en imaginer les inflexions.
« Fils de David, Jésus, prends pitié de moi ! »
« Appelez-le. »
« Confiance, lève-toi ; il t’appelle. »
Arrêtons-nous un moment pour regarder la foule. Elle veut entendre le maître, et ce désir si louable lui fait pourtant se détourner de l’aveugle, au point de lui intimer le silence.
Et puis c’est le face à face : la foule a disparue du récit, il reste seulement Jésus et Bartimée. Quel est le regard de Jésus ? Soutient-il l’aveugle ? Bartimée a bondi alors qu’il ne voit pas, peut-être s’est-il arrêté presque dans les bras du Fils de David ?
Que veux-tu que je fasse pour toi ?
Plus d’intermédiaire, cette fois. Et Jésus, le Fils de Dieu, le Maître recherché par les foules s’arrête, se met au service de l’aveugle, et se tait pour l’écouter.
Méditer en regardant les symboles
Dans la Bible, l’aveuglement est un symbole du péché. Nous le voyons en st Jean (ch. 9) où les disciples interrogent Jésus pour savoir pourquoi l’aveugle est puni. Nous le voyons aussi dans la thématique de l’endurcissement du coeur qui court chez les prophètes notamment (Jr 5,21 par exemple), que Jésus reprend (Mc 8,17) et qui se manifeste par la surdité et la cécité. Ce qui est notable ici, c’est que Bartimée n’est pas sourd, bien au contraire. Il devient par là même notre modèle dans l’écoute et l’attente du Maître. L’évangéliste nous le présente ainsi alors même que les disciples « officiels » avaient péché par surdité quelques temps auparavant : Jésus leur annonce la croix, ils réclament les lauriers de la victoire. (Mc 10, 33)
Un autre symbole fort du texte est le chemin : Bartimée est au bord du chemin au début du texte, et il suit Jésus « sur le chemin » à la fin du texte. Pour cette thématique, je vous renvoie à un ouvrage qui vient de sortir : Marcher avec Dieu.
Enfin, un troisième symbole est le manteau. Pour les mendiants, le manteau est la seule propriété. C’est à la fois la protection contre les intempéries et le matelas, si bien que la loi disait ceci :

« Si tu prends en gage le manteau de ton prochain, tu le lui rendras avant le coucher du soleil » (Ex 22,25).
Autrement dit, en quittant son manteau, l’homme quitte tout ce qu’il a. Contrairement à l’homme riche (Mc 10, que nous avions il y a deux semaines), Bartimée n’est pas paralysé par ses possessions. Il est attiré par le Christ, et son double mouvement nous montre que ce n’est pas une attirance intéressée, car il aurait pu rentrer chez lui. Au contraire, 1) il se lève, et 2) il suit Jésus : il devient disciple.
Poursuivre par un temps de prière personnelle
Suite à ces éléments de méditations, je vous invite à prendre un temps de silence et à laisser résonner en vous ce qui vous a touché, ce qui vous a éclairé ou interrogé. Saint Ignace nous invite même à goûter ce que nous avons découvert !
Dans ce temps de prière, Saint Ignace propose de présenter cela à Dieu et d’en parler avec lui : de lui exprimer ce que nous recevons de sa Parole. Cela demande de l’audace et de la patience ! De l’audace car nous hésitons parfois à dire à Dieu nos interrogations ou nos agacements, tout autant que ce que nous ressentons. Il est pourtant notre ami le plus fidèle.

Et puis cela demande de la patience, car nous n’entendrons pas forcément une parole descendant du plafond pour répondre à toutes nos questions. Mais un souvenir, une parole ou une image viendra peut-être à notre esprit. Cela pourra nous éclairer ou nous entraîner à autre chose. Si nous restons centrés sur l’écoute du Christ, n’ayons pas peur de suivre ces pensées, qui ne sont pas forcément des distractions. Le Seigneur aime à parler notre langage le plus intérieur.





