Méditation du dimanche (27 TO)

C’est un audio un peu long, mais il m’a semblé que la question le méritait.

Nous pensons particulièrement à tous nos lecteurs et auditeurs qui traversent une épreuve, et nous prions pour vous.

Le titre :

J’ai souvent entendu cette phrase, donnée avec les meilleurs intentions du monde, par des personnes pleines de compassion. Mais que signifie-t-elle ?

La souffrance est à rejeter et à combattre absolument, même si on peut admirer la manière avec laquelle telle ou telle personne traverse ses difficultés. Mais la souffrance de l’autre n’est jamais belle, et le soutien fraternel doit, je crois, s’exprimer autrement. Amener le « c’est beau » peut être une forme de fuite, un détournement du regard vers la beauté et la simplicité.

Quelques points pour tenter de mettre à sa place la question du mal

1 – nous sommes faits pour la vie, le bonheur, le plaisir.

exemple orties : nous retirons nos mains par réflexe, parce que nous n’aimons pas avoir mal – nous ne sommes pas faits pour ça. Notre corps le sait par réflexe.

2 – le diable n’est pas nécessairement à l’origine de toutes nos souffrances.

J’ai entendu récemment la phrase « attention, cette souffrance vient peut-être du démon ». N’y a-t-il pas quelque chose de dangereux à vouloir trouver un responsable ? Mes souffrances viennent parfois de mes aveuglements, de mes erreurs ou simplement de quelque chose que personne ne maîtrise. La place du démon n’est pas, je crois, à voir à l’origine des difficultés – ou en tous cas à discerner ! nous ne sommes pas tous Padre Pio.

En revanche, l’Ecriture nous redit que le diable est à l’affut (1 P 5, 8-10). Lorsque nous souffrons, il peut arriver que nous cherchions à compenser, à garder le contrôle d’une manière ou d’une autre. Et ce mouvement (qui est un mouvement de vie !) peut nous amener devant des tentations. C’est à ce moment qu’il faut particulièrement veiller. Car notre dignité d’enfant de Dieu et notre liberté sont à protéger contre le mal que nous pourrions commettre. Nous restons responsables de nos actes, même lorsque nous pourrions avoir des « circonstances atténuantes ».

Je suis responsable de mes actes.

Trois points de vue complémentaires sont à regarder pour vérifier la moralité de mon action, c’est-à-dire pour vérifier que je choisis le bien :

  • mon intention
  • l’objet de mon acte, (ce que l’acte est en lui-même)
  • les circonstances.

Dans la Somme de Saint Thomas d’Aquin1 la question du vol 2 permet de bien saisir ces trois points. Je n’insiste pas aujourd’hui car nous aurons l’occasion d’en reparler dans un autre post.

Deux questions suite à la 2e lecture d’aujourd’hui :

1 – Si tout à un sens en Dieu, pourquoi la souffrance ?
  • La souffrance ne fait pas partie du plan de Dieu. A l’origine, nous sommes faits pour le bonheur.
  • Le péché originel a introduit un grand désordre dans le monde. Pas seulement dans nos coeurs qui deviennent incapable de discerner la vérité et de choisir le bien sans l’aide de Dieu, mais aussi dans la création tout entière. (Rm 8,19). La souffrance est là et il ne s’agit pas de la nier ou de l’éliminer d’un coup de baguette magique.
  • La question du sens de la souffrance est peut-être une question personnelle. Nous pouvons aussi nous poser la question avec nos propres mots : Dans ma souffrance, quel est le sens de mon existence ? Si je peux tout faire contribuer à l’avénement du Royaume, comment ce que je traverse peut-il trouver un sens et une fécondité ?
  • En méditant sur ma responsabilité, je retrouve une manière constructive et féconde de traverser la souffrance, car je ne cherche plus des raisons – les psychologues diraient que je suis « objet » de ce que je traverse. Au contraire, je cherche à agir et à donner une signification à mes actes : je redeviens sujet, je suis rendu(e) à moi-même.
2 – Pourquoi la souffrance est-elle nécessaire à la mission du Christ (cf. 2e lecture)?

Je ne prétend pas répondre à toute la question, il faudrait des heures ! quelques pistes pour avancer :

  • l’Ecriture atteste la nécessité de la souffrance du Christ pour notre salut : Lc 24, 26; He 5, 7-9
  • Les pères de l’Eglise donnent deux éléments qui nous aident à entrer dans ce mystère : Saint Irénée nous dit que le Christ devaient délier le noeud de la désobéissance d’Adam et Eve. Pour ce faire, il devait repasser par tout ce qu’ils ont vécu, comme le fil doit repasser par le même chemin pour défaire un noeud. Cela inclut la souffrance et toutes les tentations qui y sont jointes. Saint Grégoire de Nysse affirme quant à lui : «Ce qui n’a pas été assumé, n’a pas été guéri » (Ep 101, 32 : SC 208, 50, cf. BENOIT XVI, Audience Générale du 29 août 2007.)
  • Le Concile nous permet de comprendre comment l’amour héroïque du Christ dans sa souffrance me rejoint personnellement et me sauve :

« Par son incarnation, le Fils de Dieu s’est en quelque sorte uni luimême à tout homme. Il a travaillé avec des mains d’homme, il a pensé avec une intelligence d’homme, il a agi avec une volonté d’homme, il a aimé avec un coeur d’homme. Né de la Vierge Marie, il est vraiment devenu l’un de nous, en tout semblable à nous, hormis le péché. (…) En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’être associé au mystère pascal » (Constitution dogmatique Gaudium et Spes, n°22)

Conclusion

  • Nous sommes faits pour la joie et l’amour. Dans les circonstances de notre vie, y compris dans la souffrance, nous sommes invités à contempler le Christ.
  • Jésus, dans son humanité, est à la fois notre modèle et notre remède. En le contemplant dans l’Evangile, nous comprenons ce que nous devons faire. En nous approchant de lui dans la prière personnelle et les sacrements, nous recevons de lui la force d’agir comme lui.
  • Chaque fois que nous choisissons le bien et le vrai dans les difficultés, nous communions au Christ dans son mystère pascal. Dieu nous donne de porter un fruit de vie alors que nous subissons le mal : il nous associe à sa propre fécondité.
  • Un lieu particulier pour communier au don du Christ à son Père : à la messe, lors de la présentation des offrandes, je peux moi aussi élever vers Dieu mon existence. Avec le pain, je peux offrir tout ce qui est bon dans ma vie (cf. la symbolique positive du pain avec « gagner son pain », « partager son pain ») et avec le vin, je peux m’offrir dans et avec mes difficultés (cf. la symbolique du raisin qu’il a fallu presser pour obtenir le vin).

  1. Saint Thomas d’Aquin est un théologien du XIIIe siècle. Sa « Somme de théologie » est un des ouvrages qui fondent le discours de l’Eglise catholique sur Dieu et sur la personne humaine. L’ouvrage, extrêmement bien organisé, se divise en 3 grandes parties. Dans chaque partie, Thomas pose des questions, divisées en articles. Dans chaque article, il pose des hypothèses, puis objecte des arguments et enfin synthétise une réponse. Dans la deuxième partie – en latin secunda pars– le « docteur angélique » étudie ce qui concerne nos actions. Ce domaine de la théologie s’appelle la morale. ↩︎
  2. IIa-IIae, q 66 Article 5 : Tout vol est-il un péché ?
    Objections :
    1. Il ne semble pas. Aucun péché en effet, ne tombe sous un précepte divin, selon cette parole de l’Ecclésiastique (15, 20) : « Dieu n’a commandé à personne de mal faire. » Or Dieu a prescrit de voler, d’après l’Exode (12, 35) : « Les enfants d’Israël firent comme le Seigneur l’avait ordonné à Moïse, et ils dépouillèrent les Égyptiens. » Donc le vol n’est pas toujours un péché.
    2. Celui qui trouve un objet qui ne lui appartient pas, et s’en empare, semble commettre un vol, puisqu’il s’approprie le bien d’autrui. Mais, disent les juristes, un tel acte semble être licite selon l’équité naturelle. Le vol n’est donc pas toujours un péché.
    3. Celui qui prend ce qui lui appartient ne pèche pas, semble-t-il, puisqu’il ne lèse pas la justice dont il respecte l’égalité. Mais on commet un vol même si l’on reprend secrètement son propre bien qu’un autre détient ou garde en dépôt. Donc il apparaît que le vol n’est pas toujours un péché.
    Cependant, il est écrit au livre de l’Exode (20, 15) : « Tu ne voleras pas. »
    Conclusion :
    En considérant la notion de vol, on peut y découvrir deux raisons de péché. D’abord son opposition à la justice, qui rend à chacun ce qui lui est dû. Et ainsi le vol s’oppose à la justice parce qu’il consiste à prendre le bien d’autrui. De plus il est entaché de tromperie ou de fraude, puisque le voleur agit en secret et comme par stratagème en usurpant ce qui appartient à autrui. Il est donc manifeste que tout vol est un péché.
    Solutions :
    1. Prendre le bien d’autrui, de façon occulte ou publique, sur l’ordre du juge, n’est pas un vol, puisque ce bien nous devient dû par le fait qu’une sentence nous l’a adjugé. Encore bien moins, par conséquent, y a-t-il vol dans le cas des Hébreux spoliant les Égyptiens sur l’ordre de Dieu, en compensation des maux dont les Égyptiens les avaient injustement accablés. Aussi est-il expressément noté par le livre de la Sagesse (10, 20) : « Les justes dépouillèrent les impies. »
    2. Il y a une distinction à faire au sujet des objets trouvés. Certains n’ont jamais appartenu à personne, comme les pierres précieuses et les perles que l’on trouve au bord de la mer; ils sont au premier qui s’en empare. Il en va de même pour les trésors enfouis depuis des siècles et dont personne n’est possesseur; à moins toutefois que la loi civile oblige celui qui les trouve dans une propriété à en donner la moitié au propriétaire. C’est pourquoi il est dit dans la parabole de l’Évangile (Mt 13, 44) que l’homme qui a trouvé « un trésor caché dans un champ, achète ce champ », comme pour avoir le droit de posséder le trésor tout entier. – Mais il est d’autres objets trouvés qui récemment avaient un propriétaire. Alors, si celui qui les prend n’a pas l’intention de les garder, mais de les restituer à leur propriétaire qui n’en a pas fait l’abandon, il n’y a pas vol. Pareillement, lorsque certains objets sont censés abandonnés, et que celui qui les trouve les considère comme tels, il ne commet pas de vol en les gardant. Dans tous les autres cas, il y aurait vol; ce qui fait dire à S. Augustin dans une homélie ce qu’on trouve aussi dans le Décret : « Si tu trouves un objet et ne le restitues pas, tu le voles. »
    3. Celui qui prend son dépôt à l’insu du dépositaire lèse ce dernier qui est tenu à restituer ou à faire la preuve de sa non-culpabilité. Une telle action n’est évidemment pas sans péché et l’on est tenu de dédommager le dépositaire du tort qu’on lui cause.
    Mais celui qui reprend furtivement son propre bien chez quelqu’un qui le détenait injustement, pèche aussi, non pas qu’il lèse le détenteur – et c’est pourquoi il n’est tenu à aucune sorte de restitution ou de dédommagement -, mais il pèche contre la justice légale en s’arrogeant le droit de se faire justice lui-même, en négligeant la règle du droit. Aussi est-il tenu de faire réparation à Dieu, et d’atténuer le scandale, s’il en est résulté un. ↩︎


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