Dans le post précédent nous avons vu que Dieu prend sa part de notre Salut. Il envoie son Fils unique pour enlever les péchés du monde. Et Jésus se donne jusqu’au bout.
Dans une relation, ce n’est jamais fifty-fifty. Ce n’est pas un contrat, mais un don mutuel. Dans notre relation avec Dieu aussi il faut penser « 100%-100% ». Aussi, lorsque nous contemplons la Croix du Christ, lorsque nous relisons l’évangile d’hier ou celui d’aujourd’hui, nous voyons cette « part » que Dieu prend dans la relation avec nous. Il se donne à 100%.
Hier, lorsque nous avons contemplé ce don de Dieu, nous avons dit aussi que c’est la foi qui nous sauve. Pour les hébreux au désert, regarder vers le serpent de Bronze les gardait en vie. Pour nous il en est de même ! Nous pouvons, à chaque instant, nous tourner vers la croix. C’est le sens de tous ces crucifix que nous portons autour du cou, que nous accrochons aux murs de nos maisons. En posant notre regard sur la Croix, nous ouvrons notre coeur à Dieu et lui laissons en quelque sort la permission de nous transformer en Lui.
La foi peut-elle nous sauver ?
Est-ce suffisant pour être sauvé ? Pour le dire trivialement, suffit-il de regarder un crucifix pour aller au paradis ?
Comme pour tout, l’intention ne se résume pas à nos velleités. Voici quelques points d’éclairages qui vont se nourrir des lectures de ce dimanche. Aujourd’hui, ces lectures forment un véritable parcours et nous allons nous laisser éclairer par elles pour comprendre comment nous pouvons être sauvés par la Croix.
L’éclairage des lectures du jour :
Deux phrases peuvent porter ce parcours, le résumer et nous aider à le recevoir :
La lettre de St Jacques (2, 14-18)

« Mes frères,
si quelqu’un prétend avoir la foi,
sans la mettre en œuvre,
à quoi cela sert-il ?
Sa foi peut-elle le sauver ?
L’évangile selon St Marc (8, 27-35)
Car celui qui veut sauver sa vie
la perdra ;
mais celui qui perdra sa vie à cause de moi et de l’Évangile
la sauvera. »

Sortir du binaire
Penser en « ET » au lieu de penser en « OU BIEN »
Cette question de l’Apôtre Jacques est bien celle que nous nous posons aujourd’hui ! Et ces deux phrases nous entrainent dans la même direction, en nous disant que nous pouvons « sauver notre vie ». Est-ce contradictoire avec le Salut apporté par la Croix du Christ ? Il était capital, hier de poser le préalable du don de Dieu, pour bien interpréter la lecture. En effet, si nous prenons le texte de Jacques sans précaution, nous pourrions facilement penser que le Salut se conquiert par des oeuvres et que la foi ne sert pas à grand chose. La clé se trouve dans la lettre aux Galates (5,6) :
Car, dans le Christ Jésus, ce qui a de la valeur, ce n’est pas que l’on soit circoncis ou non, mais c’est la foi, qui agit par la charité.
Ici, Paul ne dit pas « la foi ou les oeuvres ? », mais il relie profondément la foi avec nos oeuvres, c’est-à-dire nos actes d’amour.
Se laisser transformer
Hier, en parlant de l’acte de foi, je m’appuyais sur l’Apocalypse. Je disais qu’en posant un acte de foi, nous autorisons Dieu à entrer en nous, à agir par son amour transformant. Plus nous posons des actes de foi, plus nous le laissons nous rejoindre et plus nous lui ressemblons (cf. Gn 1,26).
Dans un post précédent, j’évoquais la fausse croyance selon laquelle le salut serait une médaille à recevoir, une récompense dans laquelle nous aurions des mérites. Cette croyance n’est vraie qu’à une condition : penser que nous n’avons aucun autre mérite que ceux du Christ. Je vous invite pour cela à relire l’acte d’abandon de Thérèse de Lisieux « j’entrerai au ciel les mains vides ! » s’exclame-t-elle, alors qu’elle disait « marcher pour un missionnaire ».

Revenons à la manière dont nous fonctionnons. Lorsque nous posons un acte, nous sommes transformé à la mesure du bien que contient cet acte. (cf. aussi le post sur l’Assomption)
Ainsi, il ne s’agit pas de récolter des bons points, mais de nous laisser peu à peu former à la ressemblance du Christ. Nous voyons donc clairement que la foi ne va pas sans les oeuvres de charité, car lorsque nous tournons notre regard vers la Croix, nous mesurons ce qui, en nous, est dissonant par rapport à ce qui nous porte vers le Christ, et cela nous pousse à poser des actes de charité « à cause du Christ ».
Comme le dit Jésus dans l’évangile de Matthieu :
Ce n’est pas en me disant : “Seigneur, Seigneur !” qu’on entrera dans le royaume des Cieux, mais c’est en faisant la volonté de mon Père qui est aux cieux.
Faire la volonté de Dieu est une manière de nous tourner vers la Croix dans le quotidien. C’est là le sens profond de ce verset de l’évangile d’aujourd’hui : si nous vivons notre quotidien pour nous et non pour, ou avec, le Christ, nous perdons notre temps, nous dilapidons notre existence. Au contraire, si nous savons trouver le plus important dans nos relations et notre rapport aux bienx matériels, notre vie va s’ordonner d’elle-même et nous la sauverons. Ainsi, tu prends la relation avec Dieu au sérieux et tu réponds à son « 100% » par ton propre « 100% »
Nous voyons aussi ici que faire la volonté de Dieu ne consiste pas en des exploits, ni en une recherche tendue pour atteindre un idéal. Le concile Vatican II (Constitution Lumen Gentium, n°31) indique :
La vocation propre des laïcs consiste à chercher le règne de Dieu précisément à travers la gérance des choses temporelles qu’ils ordonnent selon Dieu. Ils vivent au milieu du siècle, c’est-à-dire engagés dans tous les divers devoirs et travaux du monde, dans les conditions ordinaires de la vie familiale et sociale dont leur existence est comme tissée. À cette place, ils sont appelés par Dieu pour travailler comme du dedans à la sanctification du monde, à la façon d’un ferment, en exerçant leurs propres charges sous la conduite de l’esprit évangélique, et pour manifester le Christ aux autres avant tout par le témoignage de leur vie, rayonnant de foi, d’espérance et de charité.
Je vous invite aussi à relire les numéros 34, 35 et 36 qui sont des explications de ce que nous entendons à notre baptême :
« Désormais
vous faites partie de son peuple [du Père], vous êtes membre du corps du Christ, et
vous participez à sa dignité de prêtre, de prophète et de roi ».
Nous comprenons mieux, avec ces citations, que faire la volonté de Dieu dépend de la manière dont notre regard est orienté. Si nous regardons le Christ, nous devenons de plus en plus en mesure « d’ordonner les réalités temporelles selon Dieu ».
Ramer et se laisser porter
Pour comprendre le lien entre la foi et les oeuvres, on peut comparer la vie chrétienne à ce qui se passe en mer. J’espère que vous en avez fait l’expérience, c’est tout à fait enthousiasmant !
Nous savons, lorsque nous pratiquons un peu les sports nautiques, combien notre action est décisive. C’est parfois très physique, souvent technique, et toute notre attention est à la fois dans les réglages de l’embarcation et dans les éléments, pour se servir du vent et des vagues. Parfois, soudain, tout semble s’aligner : nous sommes à la bonne vitesse et la vague vient nous cueillir pour nous emmener plus loin, avec une force et une douceur qui est à l’opposé de la minutie peineuse que nous avions déployé.

Il en est un peu de même dans notre existence. Nous peinons, nous mesurons et nous ajustons sans cesse. Puis vient quelque chose qui n’est pas le fruit de nos efforts et qui pourtant les couronne de succès. Un moment de grâce, comme un sceau de Dieu sur ce que nous avions élaboré. 100% – 100%.
D’autres fois, nous ne sentons pas que la vague nous porte. Mais en relisant notre journée, nous pouvons soudain prendre conscience de ce que nous avons accompli et nous lisons l’action de Dieu dans notre vie, car nous connaissons bien nos limites. Nous n’aurions pas pu poser ce geste ou dire cette parole sans la grâce.
Revenir au Christ
C’est un peu de cela dont il est question dans la première lecture. Le disciple est malmené, brutalisé et harcelé. Mais sa foi en Dieu est profondément enracinée en lui, au point que ce soit sa première pensée au réveil. (cf. versets précédents cette lecture)
Le Seigneur mon Dieu m’a donné le langage des disciples, pour que je puisse, d’une parole, soutenir celui qui est épuisé. Chaque matin, il éveille, il éveille mon oreille pour qu’en disciple, j’écoute.
Le Seigneur mon Dieu m’a ouvert l’oreille, et moi, je ne me suis pas révolté, je ne me suis pas dérobé.

Je finis ici mon intervention : en lisant cette lecture qui est d’ailleurs reprise le Vendredi Saint, nous contemplons Jésus, vrai Homme. Nous le voyons vivre dans une foi totale en Dieu, et ne même temps dans un engagement total dans ses relations et les brimades.
Je n’ai pas caché ma face devant les outrages et les crachats.
Le Seigneur mon Dieu vient à mon secours ;
Jésus est à la foi notre modèle et la source de la grâce. C’est par Lui, avec Lui et en Lui que nous sommes sauvés. Exprimons-lui notre gratitude pour le don de sa vie et gardons les yeux fixés sur Lui.





