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A l’occasion de son anniversaire, je dis en plaisantant à un ami « pourvu que tu deviennes sage ! » et il me répond : « C’est ma plus grande prière ». Quelle belle prière en effet que celle-ci : « donne-moi la Sagesse qui vient de toi ! » (Sg 9,4). Comme Salomon à l’aube de son règne, nous pouvons demander à l’Esprit de Sagesse de venir nous soutenir chaque matin. (texte ici)
Dans les lectures de ce dimanche, il est bien question de Sagesse, mais il est aussi question de loi. Pour les pharisiens, la loi est un ensemble de prescriptions. Pour Saint Paul (qui a été pharisien !) il s’agit d’une « Parole » à « mettre en pratique ». Toute l’Ecriture est parcourue par cette question. Je dirais même plus ( !) toute notre vie est parcourue par cette question de la loi et de la liberté.
Dès la Genèse, la question de la connaissance du bien et du mal est abordée par ce récit de la première tentation et du premier péché (Gn 3) Il s’agit même du péché originel, c’est-à-dire celui dans lequel tous les autres prennent racine.
Le Seigneur Dieu prit l’homme et le conduisit dans le jardin d’Éden pour qu’il le travaille et le garde. Le Seigneur Dieu donna à l’homme cet ordre : « Tu peux manger les fruits de tous les arbres du jardin ; mais l’arbre de la connaissance du bien et du mal, tu n’en mangeras pas ; car, le jour où tu en mangeras, tu mourras. »
En trois petits verset, Dieu donne… et contraint. Notre mentalité post-moderne dira même : Dieu donne et reprend. En effet, comment parler de cadeau, si on n’est pas libre de l’utiliser comme bon nous semble ? Pourtant, il en est ainsi à chaque fois que Dieu donne ! Dans le livre de l’Exode (Ex 16), Dieu donne la manne, mais à nouveau, nous avons une loi qui accompagne ce don.
Pourquoi don et loi sont-ils liés dans l’Ecriture ?
Il y a deux raisons à cela. La première raison est logique. Dieu est le créateur : il est logique de penser qu’il connait le mode d’emploi de sa création, pour la faire grandir et s’épanouir en harmonie, en douceur, en beauté. Et il est aussi logique de penser que Dieu ne va rien faire pour détruire sa propre créaction.

Saint Paul le confirme « Il ne peut se renier lui-même » (2 Tim 2,13) Immédiatement, nous voyons l’implication pour notre vie spirituelle : la loi de Dieu peut être accueillie avec confiance. Dieu me connait, il sait ce qui est bon pour moi. Il ne fera jamais quelque chose qui pourrait me nuire, ou nuire à sa création. Notre confiance est fondée sur cette certitude que Dieu ne peut pas vouloir le mal.
La deuxième raison pour laquelle Dieu donne cadeau et loi en même temps est justement sur ce point. C’est ici que je vais pouvoir manifester à Dieu ma foi. Je le vois chez les jeunes qui commencent à prier. Tout naturellement, ils commencent par demander, puisqu’on leur dit que Dieu est bon et qu’il est tout-puissant. Mais la prière – et même la prière de demande ! – n’a d’autre but que de faire grandir ma relation avec lui. Si je le traite comme un distributeur, ce n’est juste ni pour lui, ni pour moi. Agir selon le mode d’emploi, c’est manifester à Dieu ma confiance en sa Sagesse.
Ainsi, comme le peuple d’Israël, Dieu nous éduque peu à peu. Il nous fait entrer dans sa propre Sagesse, dans ses propres vues. Et ainsi nous dénouons peu à peu le nœud du péché originel. Chaque fois que nous consentons à ne pas construire nous même notre propre système de bien-mal, nous recevons, les mains ouvertes, la Sagesse comme le don parfait de Dieu.
Une perfection… à ma mesure ?
Je ne sais pas si c’est la même chose pour vous, mais je tombe souvent dans la même ornière sur ce point. Chaque fois que ma prière s’affadit ou que je reprends un peu les rênes, il y a quelque chose qui se raidit dans ma vision du bien et du mal.
Non seulement dans le jugement sur les autres, mais aussi dans la manière dont j’agis et dont je discerne mes objectifs et mes résultats. Chaque fois que je choisis de décider par moi-même ce qui est bien, je fabrique un bien à ma mesure, c’est-à-dire en fait : à la mesure de mon orgueil. Or Dieu nous invite à entrer dans sa mesure, qui est divine ! Finalement, je détourne ce qui est en moi aspiration au meilleur, et je vise une perfection bien définie, bien confortable, mais bien raide.

Le podium ou la Terre Promise
Nous sommes ici au point de rencontre entre sainteté et perfection.
La sainteté n’est pas un objectif à atteindre. Elle est une relation à Dieu qui me conseille, me soutient et m’appelle au don dans l’amour. Une fois encore, l’Ecriture nous enseigne : seul Jésus peut dire « soyez parfait comme votre père est parfait » (Mt 5, 48). Lui seul connait le Père et la perfection de son amour. Il sait que le père n’est pas un tableau de médailles, mais un être d’amour et de tendresse.
La Sainteté une récompense pour services rendus ou pour des exploits héroïques, mais elle est une marche et une destination. Oui, elle est à la fois le chemin et la destination. Dieu nous donne sa sainteté, et de notre côté nous marchons à sa rencontre. La sainteté est déjà dans le fait de marcher. Il s’agit d’une alliance, dans laquelle l’accomplissement confiant de la loi ouvre la possession de la Terre Promise, comme nous le voyons dans le Deutéronome : « Ainsi vous vivrez, vous entrerez, pour en prendre possession, dans le pays que vous donne le Seigneur, le Dieu de vos pères. » Dans ce petit mot « Ainsi », nous avons toute l’Alliance qui est résumée. L’accomplissement de la loi ne m’offre pas de médaille, mais elle m’ouvre un pays dans lequel je vais vivre, grandir et participer à la fécondité de Dieu, dans la paix.
A nous qui sommes créés « à son image et à sa ressemblance », Dieu propose un chemin pour grandir en humanité. Quel plus beau compliment en effet que de dire de quelqu’un « il est vraiment très humain ! ». Cela renvoie à des qualités de cœur et de sagesse qui sont inspirantes pour tout l’entourage. Dans la première lecture, le peuple d’Israël ne s’y trompe pas :

(…) Vous garderez les commandements du Seigneur votre Dieu tels que je vous les prescris. Vous les garderez, vous les mettrez en pratique ; ils seront votre sagesse et votre intelligence aux yeux de tous les peuples. Quand ceux-ci entendront parler de tous ces décrets, ils s’écrieront : ‘Il n’y a pas un peuple sage et intelligent comme cette grande nation !’
Pour conclure, je vous propose de reprendre les textes de la messe et de relever tout ce qui est commandement, loi, injonction. Une fois que vous avez fait ce travail, demandez-vous en quoi cela serait bon pour vous de le mettre en pratique.
Puis nous pouvons prier le psaume :
R/ Seigneur, qui séjournera sous ta tente ? (Ps 14, 1a)
Celui qui se conduit parfaitement,
qui agit avec justice
et dit la vérité selon son cœur.
Il met un frein à sa langue.
Il ne fait pas de tort à son frère
et n’outrage pas son prochain.
À ses yeux, le réprouvé est méprisable
mais il honore les fidèles du Seigneur.
Il ne reprend pas sa parole.
Il prête son argent sans intérêt,
n’accepte rien qui nuise à l’innocent.
Qui fait ainsi demeure inébranlable.





