Ce nom est finalement assez connu et souvent on me répond « ah oui ! Celui qui est mort à la place d’un père de famille ! ».

Effectivement, sa dernière grande décision fut de proposer au commandant d’Auschwitz de prendre la place de celui qui venait de s’écrouler en pleurs à côté de lui. Que s’était-il donc passé ?

« Mais qu’est-ce qu’on va faire de toi ? »

Pour le comprendre, peut-être faut-il remonter à ce fameux épisode où sa maman s’exclame dans un mouvement d’impatience « Mais qu’est-ce qu’on va faire de toi ! ». Bouleversé, le petit Raymond[1] se réfugie derrière l’armoire où trône une belle statue de la Mère de Dieu. Elle lui apparait alors, portant une couronne blanche et une couronne rouge. Elle lui propose de choisir, mais il veut les deux.

La couronne blanche sera un peu à la vie de Maximilien ce que le fil à plomb est au maçon : un repère, une manière de ne pas dévier. Elle symbolise la pureté de vie, comme il le dira dans une formule para-mathématique : v=V. Il faut que ma volonté concorde parfaitement avec la volonté de Dieu, que ma vie lui soit totalement relative, que mon existence soit comme une ligne droite, pure, d’un seul tenant. Sans mélange.

La deuxième couronne tendue par l’apparition à Raymond est une couronne rouge qui signifie le martyr. Il le dira de cette manière : « heureux les persécutés, c’est-à-dire heureux ceux qui ont résisté au mal avec les armes de l’amour ». Cette couronne est celle de l’amour quoiqu’il-en-coûte.

Donner sa vie : pour qui, pour quoi ?

Saint Maximilien en quelques dates
  • 8 janvier 1894 : naissance à Zduńska Wola en Pologne (comté de Lodz) de parents tisserands.
  • 1907 : entrée chez les franciscains conventuels
  • Toussaint 1914 : vœux définitifs.
  • 1915 : doctorat de philosophie à l’université pontificale grégorienne.
  • 1917 : fondation de la militia Immaculatae, soit « armée de l’Immaculée », dont l’objet est de proposer un chemin de soumission à Jésus par Marie et d’œuvrer activement pour la propagation de la foi chrétienne.
  • 28 avril 1918 : ordination sacerdotale
  • 1919 : doctorat en théologie à l’université pontificale grégorienne.
  • 1922 : fondation du journal « le chevalier de l’Immaculée ».
  • Août 1927 : fondation du monastère de Niepokalanow « la cité de l’Immaculée, à 40 km de Varsovie. Ce couvent ira jusqu’à comprendre une imprimerie, une station de radio, une gare… et un aéroport.
  • 1930 : mission au Japon et ouverture d’une autre cité de Marie à Nagasaki. Construit derrière une colline, il est le seul bâtiment de la ville à être préservé lors de l’explosion de la bombe atomique en 1945.
  • 1939 : Niepokolanow accueille sans restriction des réfugiés polonais, catholiques ou juifs. Avec 36 autres prêtres polonais, Maximilien Kolbe est arrêté une première fois, avant d’être libéré le 8 décembre[1] de la même année.
  • 17 février 1941 : nouvelle arrestation.
  • 28 mai 1941 : transfert vers le camp d’Auschwitz.
  • Fin juillet 1941 : enfermé, à sa demande, dans le bunker de la faim, avec neuf autres condamnés.
  • 14 août 1941 : victime d’une injection léthale, il meurt.

17 octobre 1971 : béatification comme « confesseur ».

10 octobre 1982 : canonisation comme « martyr de la charité ».


[1] Fête de l’Immaculée Conception : l’Eglise célèbre ce jour-là Marie, préservée des marques du péché originel.

Revenons à ce jour de juillet 1941. Du camp d’Auschwitz, un malheureux s’est évadé. Pour ceux qui restent, c’est une catastrophe, car ils savent que la proportion est de 1 pour 10. Pour un évadé, 10 d’entre eux seront condamnés à mourir de faim.

Ils restent des heures dehors, en rang, sans manger et sans boire.

« Je suis prêtre catholique ! »

Puis Fritsch, le chef du camp, passe dans les rangs désigner les condamnés. Franciszek Gajowniczek s’écroule en pleurs. Alors un homme fait un pas en avant et se propose pour le remplacer. Lorsque le chef du camp entend la proposition de prendre la place d’un condamné, il demande « qui es-tu ? ». Le prisonnier répond : je suis prêtre catholique

Pour Frère Maximilien, franciscain et prêtre, s’avancer a été une évidence.

Il part donc avec les 9 autres pour être enfermés dans un cachot et mourir de faim et de soif. Les gardes en ont témoigné, ainsi qu’un prisonnier rescapé dont le travail consistait à évacuer les cadavres : jamais on n’avait entendu des cantiques dans ce bunker. Et pourtant Fr. Maximilien soutient ses frères, les confessant, les faisant prier, les accompagnant chacun jusqu’à son dernier souffle.

Nous sommes le 14 août 1941, dans les premières vêpres de la fête de l’Assomption. Il est le dernier survivant.

Voyant qu’il ne meurt pas, les gardiens prennent la décision de l’euthanasier. Ils lui demandent même de détourner le regard pendant l’administration du produit léthal. Puis son corps sera emmené aux fours crématoires.

Saint Maximilien Marie Kolbe n’est pas mort seulement pour Franciszek Gajowniczek. Il a aussi donné sa vie pour accompagner les neuf autres condamnés.

Sa vie nous suggère-t-elle des attitudes ou des conversions ?

Envoyé à Auschwitz à cause de sa foi, il donne sa vie dans un acte parfait de charité et d’espérance, comme le soulignera Jean-Paul II à sa canonisation. Ce faisant, il nous offre de mieux comprendre la vie consacrée et la mission de ceux qui choisissent le célibat « pour le Royaume » (Mt 19,12). On peut ainsi se demander avec lui en quoi la vie consacrée est un don pour les familles.

Saint Maximilien s’avance vers Fritsch en disant qu’il est « prêtre catholique ». Dans nos catégories contemporaines, dirait-on que son choix est un acte « paternel », puisqu’il est posé en tant que prêtre ? Pour ma part, je constate qu’il ne le revendique à aucun moment. Mais frère, il l’est jusqu’au bout, jusqu’à permettre à ce père de rester en vie pour ses enfants. En écoutant son récit, on pourrait se demander si la paternité n’est pas finalement cela : être tellement frère que la charité engendre à la vie éternelle. Pour ceux qui veulent exercer une paternité ou une maternité spirituelle, Saint Maximilien est, là encore, un exemple. Il n’est jamais autant père que lorsqu’il se fait le frère des mourants, dans le bunker.

Son acte d’amour a irradié quelque chose au sein de cette cité de mort.

Enfin, le saint polonais a été nommé patron des médias pour son action avec la station de radio et la diffusion du chevalier de l’Immaculée. Mais – La Palice n’aurait pas dit mieux ! – cette nomination n’aurait pas été possible sans la canonisation. Des témoins ont rapporté qu’après la mort du frère, l’atmosphère du camp a été changée. Son acte d’amour a irradié quelque chose au sein de cette cité de mort. Son message n’est qu’un oui individuel, sans aucune volonté de publicité quelconque. Et pourtant nous comprenons ici la portée de nos actes de charité. Chacun de ceux qui en sont témoins en est touché et renforcé dans sa capacité à faire le bien.

Tel est l’objet de ce blog : rapporter des paroles ou des gestes qui viennent encourager notre foi, notre espérance, notre charité.


[1] Maximilien est son nom de religion.



Tags :

Avent (8) baptême (15) Bible (49) catholicisme (17) Christ (8) Ecriture (6) Eglise (5) espérance (7) evangile (10) foi (18) fête (7) Jésus (38) lectio divina (16) Luc (5) Marc (6) Marie (13) Matthieu (27) Messe (10) méditation (25) pape (6) Parole de Dieu (6) patristique (5) prière (11) Pâques (5) royaume (6) Saint Augustin (5) vie chrétienne (38) vie spirituelle (5) Vocation (7) évangile (37)

Une question, ou un commentaire ?

← Back

Votre message a été envoyé

Attention
Attention
Attention
Attention !

En savoir plus sur Do u wonder ?

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture